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Castor et peuplier

Castor et peupleraies : vers une cohabitation ?

 

Le texte de la vidéo

Bienvenue dans un voyage au cœur de nos rivières et de nos forêts, là où le castor d'Europe rencontre les peuplerais, ces forêts dynamiques qui bordent nos cours d'eau. Ces deux acteurs apportent de nombreux atouts à nos écosystèmes et à nos sociétés et ils posent aussi des défis pour cohabiter.

Le castor

Le castor, ce rongeur à la queue plate est bien plus qu'un simple habitant des rivières. C'est un restaurateur de milieu naturel hors pair.

En construisant ses barrages ou en modifiant les berges, il crée ou recrée des écosystèmes humides, voire aquatique. Ces hâvres de biodiversité accueillent de nombreuses espèces animales et végétales. Elles y trouvent refuge et peuvent se redévelopper, améliorant les équilibres naturels.

Les barrages ralentissent le courant, contribuent à améliorer la qualité de l'eau et favorise le maintien et la recharge des nappes fréatique. De plus, cette régulation de l'eau atténue ainsi certains effets des évolutions climatiques actuelles.

Les peupleraies

À côté, les peupleraies, ces forêts de peupliers élancés, jouent elles aussi un rôle clé. Diversifiées en mosaïque, elles hébergent une faune et une flore variée, dites ordinaire, mais parfois avec des espèces et milieux plus rares.
Leur racines favorisent l'épuration, améliorant la qualité de l'eau et ces arbres à croissance rapide sont des champions dans l'absorption du CO2.

Le peuplier constitue une ressource essentielle pour l'économie locale, mais sa valeur va bien au-delà. En effet, leur bois léger et résistant est utilisé notamment pour l'emballage léger, le contreplaqué, la construction. C'est un atout irremplaçable pour substituer une partie des plastiques et matériaux issus de la pétrochimie, par un matériau local, non polluant et renouvelable. Il représente aussi un revenu complémentaire qui compte pour les petits propriétaires ruraux. En somme, les peupleraies constituent un patrimoine précieux de nos campagnes dont elles font partie intégrantes.

Le castor et le peuplier : impacts et conséquences

Mais, comme dans toute histoire, il y a parfois des tensions.

Le castor adore particulièrement l'écorce des peupliers pour se nourrir. Il peut la grignoter en laissant l'arbre debout, comme ici sur ce gros saule de ripisylve qui en est mort. De même pour ces peupliers dont la qualité du bois est compromise et qui seront nombreux à en mourir.

Avec ses dents affutées et son savoir-faire unique, le castor peut aussi abattre des arbres pour mieux consommer leur écorce. Cela peut lui permettre aussi d'utiliser leur branches en construction de hutes ou de barrage. Ces derniers, merveilles de construction peuvent aboutir à faire remonter le plan d'eau à la surface du sol, voire à l'inondation. L'avenir de cette peupler est plus que compromis. En plus de l'écorçage, les arbres sont en train de dépérir car les peupliers ne supportent pas l'excès d'eau en période de végétation. De plus, la récolte du bois est devenue impossible avec ce sol détrempé.
Cette ancienne peupleraie a été noyée il y a 10 ans, celle-ci il y a 20 ans. Le castor a recréé des écosystèmes parfois devenus rares et ses nouveaux milieux sont riches en biodiversité... mais le propriétaire a tout perdu : ce qu'il a investi en plantation, le bois qu'il devait vendre et la parcelle elle-même.

Les dégâts ponctuels sont acceptables s'ils ne se reproduisent pas année après année.
En revanche, les dégâts qui aboutissent à la perte de grande surfaces, que ce soit par écorçage sur pied, abattage, ou ennoiement, constituent un réel problème. Les pertes sont parfois élevées pour les propriétaires qui voient alors disparaître leur épargne, et c'est aussi une partie de l'économie locale qui est déstabilisée.

Cela représente également un coût environnemental puisqu'un manque de bois de peuplier se traduit par une consommation accrue de matériaux et d'énergie d'origine fossile.

Comment cohabiter ? Atouts et limites des protections

Le castor est maintenant présent sur tout le territoire français tout en continuant à s'étendre. Les animaux ainsi que leurs terriers et les barrages restent protégés. La principale solution actuelle pour tenter la cohabitation semble être de limiter les dégâts en protégeant les peupliers là où c'est possible.

Planter à quelques mètres des berges est toujours un impératif et cela se justifie encore plus avec le castor.

À faible coût, conserver une ripisylve voire en créer une par exemple à base de saule marsault peut permettre au castor de se nourrir sans qu'il ait besoin d'aller plus loin. Ce n'est pas infaillible puisque bien des dégâts ont été commis dans des peupleraies malgré la présence d'une ripisylve.

Là où les sols sont suffisamment riches et bien alimentés en eau, conserver une végétation dense au niveau de la berge peut limiter le castor dans ses déplacements.

La clôture en plein est coûteuse à mettre en place, mais peut présenter de bons résultats comme ici. Le grillage doit être très bien posé et il est nécessaire de l'enterrer dans le sol. Il doit aussi être entretenu. Cette technique ne peut pas être utilisée lorsque le courant est fort et elle devient inutile lorsque le niveau d'eau monte régulièrement au-dessus de la clôture.

La clôture électrique est facile à poser mais adaptée uniquement hors inondation. Après les premiers dégâts, le propriétaire a posé cette clôture. Elle nécessite un entretien soigneux de la batterie et surtout de couper l'herbe très souvent sous le fil.

Le grillage individuel est souvent utilisé et c'est la méthode qui a le plus fait ses preuves actuellement. Un grillage fin et ajusté peut être utile et devra être desserré au fil des années. Les grillages à mailles large ou les grillages trop souples doivent être maintenus par trois ou quatre piquets pour que le castor ne puisse pas s'approcher du tronc ni les abaisser. Idéalement, ils doivent mesurer au moins un mètre de hauteur.

Il faudra tenir compte de la topographie car même les petites dépressions et ruisseaux constituent des voies d'accès privilégiées pour le castor depuis les cours d'eau plus importants.

Si ces protections sont bien posées, elles peuvent protéger ou limiter les dégâts, sauf en cas d'inondation qui peut les détruire ou les rendre inutile. 
Elle représente un coût important qui menace l'équilibre financier de la plantation, voire le compromettent en totalité.

En ce qui concerne les barrages et leurs conséquences pour les peupliers, seul l'OFB peut éventuellement intervenir pour faire baisser le niveau d'eau. La demande doit passer par la DDT.

Dans tous les cas, il est conseillé au propriétaire de signaler rapidement les dégâts à la DDT pour qu'ils soient pris en compte officiellement.

Vers une reconnaissance mutuelle et un équilibre ?

Le castor n'est pas un envahisseur, pas plus que le peuplier n'est un intrus. Le castor et les peuplier nous racontent une histoire d'équilibre. L'un façonne les rivières, l'autre est une ressource naturelle précieuse, et tous deux sont indispensable. Souhaitons que les dialogues positifs déjà observés dans certains territoires puissent se généraliser.
L'écoute attentive des uns et des autres avec une réelle prise en compte des atouts aussi bien du castor que des peupleraies constitue le fondement d'actions qui permettront un jour d'atteindre des solutions d'équilibre durable.