L' HISTOIRE DES SABOTS EN PEUPLIER EN FRANCE

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Sabots bretons

Cette chaussure de paysans a été longtemps fabriquée de manière artisanale, chaque famille façonnant ses propres sabots. Le XVIIIème siècle voit le développement d'une véritable industrie employant de nombreux ouvriers qualifiés. Car la saboterie fait appel à un savoir-faire qui réclame des années d'apprentissage. Le métier est assez ingrat : il faut de longues heures de travail pour fabriquer une paire de sabots, pour un salaire de misère. En 1914, un ouvrier gagne 3F par jour.

Dès 1841, une machine à sabots est inventée pour faciliter le travail en permettant de dégrossir rapidement les billots de bois, mais elle réclame toujours l'intervention de la main de l'homme pour les finitions. Elle a surtout pour effet pervers d'augmenter le prix des sabots qui reviennent même plus chers que ceux fabriqués par les petits artisans !

Après la guerre de 14-18, la fabrication diminue inexorablement, par manque de main d'oeuvre et en raison du développement de l'industrie de la chaussure. De 1870 à 1920, le nombre de sabotiers passe de 25000 à 18000 en France, pour une production qui chute de 37,5 millions à 27 millions de sabots. Dans le même temps, la production machine passe de zéro à 6 millions de sabots par an. En 1920, près de 500 machines à sabots fonctionnent ; elles seront 2250 en 1934 pour une production de 17 millions de sabots, alors que ceux qui sont fabriqués par les petits artisans ne dépassent pas les 12000 sabots par an.

À cette époque, dans les années trente, il n'existe que trois saboteries mécaniques en Ariège alors que la Haute-Garonne et le Tarn en comptent sept.

Mais la demande diminue sans cesse et, face au problème de surproduction, les industriels, qui avaient poussé au développement de machines de plus en plus grandes, revoient leurs objectifs à la baisse. Ils tentent même de travailler avec les petits artisans chez lesquels ils installent des machines plus modestes. Deux sabotiers travaillent de cette manière mixte en Ariège ; ils seront les deux derniers sabotiers avant que Pascal Jusot prenne la relève. 

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Les Sabots hollandais

Les sabotiers néerlandais ont eu chaud : des fonctionnaires européens ont failli reléguer les fameux souliers de bois, portés depuis le XVIe siècle, au rang d'objets folkloriques ! Or le secteur produit annuellement 900 000 paires portables, sans compter les souvenirs (sabots décoratifs, orange ou aux couleurs de la Frise, porte-clés vernis, mini sabots gadgets et autres souliers pour touristes). Selon la Commission de Bruxelles, les sabots utilisés dans le cadre professionnel ne répondaient pas aux critères actuels de sécurité d'autres chaussures de travail, comme les bottines à coque d'acier des ouvriers du bâtiment. La trilogie "tulipe, moulin à vent et sabot" de l'imagerie néerlandaise a toutefois été rapidement réhabilitée : le sabot national a reçu le précieux "certificat de conformité européen". Selon les tests de sécurité, il résiste à une pression de 400 kg (jusqu'à 750 kg sur sa pointe). Un clou planté avec une pression de 75 kg ne vient pas à bout de sa semelle, il ne cède pas à un objet tranchant de 20 kg lâché à 50 cm de hauteur, il est imperméable, résiste très bien au chaud et au froid.
Dans certains cas, ses performances dépassent même celles des autres bottines professionnelles. Tous les éleveurs néerlandais qui les portent vous expliqueront que peu d'autres souliers sont capables de supporter le poids d'une vache qui vous a marché sur le pied. Les ouvriers vous diront qu'il est plus facile de s'extirper d'un sabot pour éviter la chute d'un objet lourd sur un chantier.
L'enjeu du bras de fer entre les eurocrates et les sabotiers bataves était de taille puisque des milliers de travailleurs néerlandais, éleveurs et agriculteurs surtout, mais aussi cantonniers, ouvriers du bâtiment et jardiniers, portent quotidiennement des "klompen" sur leur lieu de travail, et pas seulement en milieu rural. En outre, de 12 à 14 % de la production s'exporte, principalement vers le Japon, les Etats-Unis et la France, même si ce dernier pays compte encore une quinzaine de saboteries, en Alsace, en Normandie et dans les Pyrénées. En Belgique, les dernières saboteries (au nombre de six) sont flamandes et sortent 100 000 paires par an.
Si l'Allemagne remporte la palme européenne de la production, c'est bien aux Pays-Bas - où trente-neuf saboteries restent en activité - que résident les vrais fans de cette chaussure anachronique, dont ils aiment le côté historique et "nature". Ils apprécient tout autant son prix : une paire de "klompen" en peuplier (99 % des sabots bataves sont moulés dans ce bois) coûte entre 600 et 900 francs belges [entre 97 et 145 FF].
Dernier atout du sabot : ses vertus orthopédiques. C'est la chaussure idéale pour les enfants qui ont les pieds déformés. Elle force le pied à s'adapter au sabot, et non l'inverse, explique, convaincu, Leo Beekhuiszen, un artisan qui ne quitte jamais ses sabots : des chaussures parfaites... les Nike de l'agriculteur néerlandais !

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