
Robusta
(D.Terrasson - A.Valadon)
Le Robusta atteint ses cent premières années de carrière. Les origines de ce cultivar restent imprécises, mais nous savons qu'il a été diffusé par les pépinières 'Simon-Louis Frères' à Plantières-les-Metz (Moselle) à partir de 1895. Issu d'une pollinisation libre, son ascendance est nécessairement incertaine. Les frères Simon supposaient qu'il était le fruit du croisement entre Populus deltoïdes angulata et P. x eugenei. Le botaniste DODE, auteur d'une révision complète de la nomenclature des peupliers, a par la suite estimé qu'il s'agissait plutôt de l'hybridation de P. deltoides angulata et P. x plantierensis, forme fastigiée du vieux Peuplier noir d'Europe (Dode, 1905).
'Robusta' n'est pas à proprement parler le cultivar de Peuplier euraméricain le plus ancien et les pépinières 'Simon' s'étaient déjà illustrées auparavant en commercialisant 'Eugenei' à partir de 1832. Il existe des exemples plus anciens dont le peuplier ' Serotina ' décrit par Duhamel en 1755, ou le ' Gris de l'Ourcq ' qui passe pour avoir été obtenu du Peuplier suisse vers la fin de 1814 par Michia, pépiniériste à Arcueil. Par contre c'est incontestablement le cultivar qui a connu la carrière la plus prestigieuse, avant l'apparition des obtentions végétales produites par les instituts de recherches spécialisées créés au cours du XX° siècle.
En effet, il a non seulement pris une place de tout premier plan dans la populiculture française du milieu du XX° siècle, mais en outre il figure au catalogue national des principaux pays producteurs de Peuplier de la Communauté européenne à l'exception de l'Italie. On peut également le rencontrer dans de nombreuses régions du monde.

DES QUALITÉS ENCORE D'ACTUALITÉ
Robusta est maintenant incontestablement dépassé en matière de croissance par les obtentions récentes. Néanmoins, ce cultivar reste encore une référence sur trois points :
Un port remarquable avec une cime étroite presque pyramidale, une rectitude parfaite, des verticilles bien marqués et équilibrés, et des branches fines insérées à 45°. Ce caractère est lié à une absence de sensibilité au phototropisme qui fait de Robusta un des clones les mieux adapté à la plantation d'alignement d'autant qu'il s'agit d'un clone male qui ne produit par conséquent pas de coton. Or il faut rappeler que l'alignement a gardé une importance prépondérante dans les modes d'utilisation du peuplier jusqu'au milieu de ce siècle.
La seconde conséquence de ce caractère, c'est que Robusta est d'un élagage facile, ce qui l'a souvent fait préférer à des clones plus délicats comme 'I 214'.
La plus forte densité de bois (d = 0,369) chez les peupliers cultivés, qui lui confère un avantage indiscutable pour les emplois en structure. Seul le clone 'Barn' (P.trichocarpa x P. deltoïdes) d'origine hollandaise (d = 0,385) dépasse ce niveau (Nepveu, 1984).
Une bonne résistance au chancre bactérien. Les instituts de recherche connaîtront des difficultés pour sélectionner des peupliers euraméricains présentant un niveau de résistance équivalent. Il faudra attendre 'Flevo' et 'Ghoy', introduits respectivement de Hollande et de Belgique et inscrits au catalogue national à titre provisoire en 1974 et 1982, pour trouver en France un matériel concurrent.
Robusta est par ailleurs adapté à des conditions variées de populiculture et notamment à des modes de gestion extensifs (Viart, 1972). En effet, il possède une amplitude édaphique large, il réagit moins fortement à l'intensification que des cultivars comme 'I 214', et il supporte mieux l'absence ou les retards dans les opérations d'élagage.
Ces qualités ne doivent cependant pas occulter un certain nombre de faiblesse. Sa productivité, déjà considérée comme moyenne par 'Pourtet' (1961), est très inférieure à celle des obtentions récentes (Dorskamp, Luisa-Avanzo, peupliers interaméricains,...). Sa sensibilité au vent, au gel (Meunier, 1946) et la nervosité de son bois ont largement été mis en cause. Mais son principal défaut est très certainement une forte sensibilité aux rouilles à Melampsora. Cette sensibilité ne se traduit en année normale que par une réduction modeste de croissance.
Mais des séquences climatiques particulières, comportant des successions de périodes favorables aux rouilles et d'hivers rigoureux, ont provoqué sur Robusta des attaques importantes de Discosporium populeum (Dothichiza) et des dépérissements généralisés.
Après avoir culminé vers les années 1950 date à laquelle il représentait 65% de la production nationale, il va être relégué au second plan par l'introduction de 'I 214' inscrit au catalogue national en 1958, mais cette éclipse est de courte durée. L'arrivée de Marssonina brunnea qui provoque des ralentissements de croissance observés en 1965,redonne de l'intérêt à Robusta qui persiste jusqu'au milieu des années 1980.
De multiples obtentions en provenance de Belgique et d'Italie connaissent alors la faveur des populiculteurs et conduisent au déclin de Robusta , qui représente en 1995 moins de 3% des plants produits en France.
05/03/07