Les Peupliers de France
Arrivée en Europe des premiers P. deltoïdes
(D. Meese - Moulin de Bariteau)

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dernière mise à jour : 05 janvier 2006.

Tous les spécialistes du peuplier s'accordent à situer l'arrivée en Europe des premiers Populus deltoïdes vers l'année 1700. Dès le début ils ont été plantés à proximité de peupliers nigra indigènes, ce qui a provoqué des hybridations naturelles. Il faut savoir que seuls les P. deltoides femelles peuvent s'hybrider avec des P. nigra mâle. Ce qui limite les possibilités d'hybridation au P. deltoides "Angulata" et "Virginiana".

    

Les Populus deltoïdes d'origine américaine sont dénommés en Europe "Virginiens", "Carolines" ou "Hudsonica", et de manière générale on désigne leurs hybrides avec P. nigra par les termes généraux de "Canada", de "Suisse" et "Marylandica". Pourquoi ont-ils été nommés ainsi? Il parait intéressant de se pencher sur ces noms qui proviennent tous, à première vue, des anciennes  colonies anglaises et hollandaises, et de comprendre pourquoi. Sont-ils bien apparus dans les années 1700? Quelle est l'interconnexion entre les Huguenots français restés en France malgré les persécutions et ceux qui ont immigré en Hollande, en Angleterre et en Suisse? L'ondogamie pratiquée chez les marchands protestants en Europe a-t-elle favorisé les liens malgré les guerres?

Il est nécessaire de se pencher sur la colonisation du Canada et de l'Amérique de l'Est, pour essayer de comprendre par quel circuit les premiers peupliers deltoïdes ont pu arriver en France et en Europe.

Les guerres de religion, catholiques contre protestants, entre français - anglais et hollandais et espagnols brouillent un peu les cartes depuis Luther, Calvin et le schisme anglican d'Henri VIII en 1543. En 1603, Henri IV concède le Canada à de Chatte, Gouverneur de Dieppe et l'Acadie  à Dugua de Monts, tous deux huguenots. Dans le même temps, en Angleterre, Jacques II concède à Raleigh toute la côte atlantique en 1606.

Les périodes de conflits ont amené les Hollandais à se battre contre les Français et les Anglais (1672 à 1678 et Ligue d'Augsbourg de 1690 à 1697 contre la France, 1672 à 1674 contre l'Angleterre et 1621 à 1648 contre l'Espagne). Ce qui n'empêcha pas les commerçants hollandais et huguenots de commercer avec les ports français, et les anglais avec leurs fameux "navires parlementaires".

L'Édit de Nantes d'Henri IV en 1585 jusqu'à sa suppression en 1685 par Louis XIV (Édit de Fontainebleau), donna une fragile légalité à ces Huguenots qui participèrent activement à la colonisation du Canada et de l'Amérique pour le compte de la France. Le premier fut Champlain qui créa la ville de Québec en 1609. Les persécutions sous Louis XIV lors de l'abolition de l'Édit de Nantes précipitèrent l'exil de nombre d'entre eux vers la Hollande, l'Angleterre et la Suisse, mais des départs ont eu lieu dès les années 1535 ou Luther et Calvin eurent un impact certain sur les négociants et marchands.

Les Huguenots maîtrisaient le négoce, la finance et l'expertise maritime. Dès 1562, l'Amiral Coligny (huguenot) envoie le Dieppois Jean Ribault (huguenot) explorer la Floride (Fort Caroline) et la Caroline du Sud (Charlesfort) jusqu'en 1565 ou ils sont expulsés par les Espagnols. Champlain (1604) avait obtenu le monopole des fourrures pour des marchands de Rouen, St Malo et La Rochelle. Le peuplement de colons protestants venus du Poitou, de Saintonge, d'Aunis, de Normandie, du département de Belfort et de Suisse (Genève et canton de Vaud (Yverdon) - huguenots venant du Dauphiné et du Languedoc et Vaudois persécutés par le Duc de Savoie)  qui se sont mêlés aux catholiques acadiens a permis certainement par la suite des interconnections aisées entre les anglais, français et hollandais. Ils participèrent à la conquête du Canada et de l'Amérique, soit avec les Français au Canada et sur le Mississippi - vallée de l'Ohio, soit avec les Anglais dans les 13 colonies de la côte, du Massachusetts à la Georgie, en passant par la Virginie. A partir de 1686, de nombreux Suisses vaudois et Wallons s'exilèrent par les ports de Londres et d'Amsterdam.

Alors que les Français exploraient l'intérieur au départ du fleuve St Laurent par les Grands Lacs , les  rivières Outaouais, Maumee, Scioto, Miami, Muskingham, Kankakee, Wabash, Wisconsin, Illinois et le Mississippi en établissant quelques forts (Illinois, Michigan, Missouri, Louisiane), les Anglais et Hollandais ainsi que des huguenots exilés étaient confinés sur une profondeur de 200 km entre la côte et la chaîne des Appalaches. Les zones de conflits se situaient entre le fleuve Hudson ou étaient basés les Hollandais de New York à Albany, la vallée des Mohawks, trouée à travers les Appalaches, territoire des indiens Iroquois ennemis des français, qui reliait le Lac Erié au fleuve Hudson, le haut Potomac et la branche pennsylvanienne de l'Ohio, la rivière Alleghany. Albany (1624) dans l'État de New York et Boston (1630) dans le Maryland furent deux axes commerciaux  importants, en particulier pour les Hollandais et les Huguenots, principalement jusqu'à 1650 (commerce illicite entre Montréal et Albany). Les Suédois colonisèrent le Delaware de 1638 à 1655, jusqu'à leur élimination par les Hollandais.

Les Français utilisaient le fleuve St Laurent pour les échanges maritimes, mais d'un accès difficile pour des raisons climatiques(rivières et lacs gelés cinq mois par an, estuaire St Laurent gelé janvier - février - on pouvait remonter le fleuve jusqu'à Québec de mai à novembre à cause des rapides de Soulanges et de Lachine), alors que les Anglais et les Hollandais bénéficiaient de nombreux ports (Boston, New York, Charleston) sur la côte Est et plusieurs fleuves ou rivières qui permettaient de s'installer jusqu'au pieds des Appalaches (Kennebec, Hudson, Delaware, Susquehanna, Potomac, Savannah, Fresche, etc...

Les dates de colonisation anglaise et hollandaise qui nous intéressent sont : Virginie orientale (1607) - Virginie occidentale (1716) - Fleuve Hudson (1624) - Maryland (1632) - Caroline du Nord (1653) - Caroline du Sud (1663). En 1632, Dans le Maryland, le fils de Lord Baltimore fit voter 'l'Acte de Tolérance" pour encourager les religions et les sectes à s'installer. En Virginie orientale, l'activité principale était celle du tabac, les villes, les négoces étaient réduits à la portion congrue. Dans les deux Carolines les Huguenots s'installèrent en nombre de 1685 à 1715, surtout en Caroline du Sud.

Pour en revenir aux peupliers, ils n'ont pu être importés en Europe que par deux circuits commerciaux: les Français, par les fleuves St Laurent et  Hudson et Boston (jusqu'en 1650) à destination de La Rochelle, soit par les Hollandais et les Huguenots par le même chemin jusqu'à New York puis par les ports du Massachusetts, du Maryland et du Connecticut, soit par ces même hollandais et Huguenots par les ports de Virginie (le marchand hollandais Verbrugge fit 14 voyage de New York à la Virginie et 27 voyages jusqu'à Amsterdam), ou par New York en passant par le Potomac en limite de Virginie, Pennsylvanie et Maryland, de Caroline du Sud, à destination d'Amsterdam et de l'embouchure de l'Escaut qui donnait accès au Rhin, à la Meuse, à la Moselle et à l'Escaut. Seules la Caroline du Nord et la partie méridionale du New Jersey ne disposaient pas de ports pour les gros tonnages. Il est moins probable qu'ils soient parti du St Laurent qui était dans les glaces six à huit mois par an. Bien que la Hollande perdit ses colonies en 1664 au profit de l'Angleterre, les protestants et les Huguenots maintinrent leur implantation et le vrai commerce continua de s'exercer au départ d'Albany et de Boston. L'arrivée des jésuites au Québec en 1625 ne facilita pas les relations avec les Huguenots au Canada.

Tout le monde considère que les débuts de la colonisation française de l'Acadie et du Canada furent un échec de 1603 à 1632. Elle reprit à partir de 1633 jusqu'à 1682 avec les explorations des fleuves Ohio, Wisconsin, Mississippi et Tennessee. Ce n'est qu'en 1713 que la France perd l'Acadie et ses attaches officielles sur le fleuve Hudson. Pour les Anglais, en dehors de la Virginie orientale qui fut la plaque tournante de l'expansion anglaise sur la côte dès 1607, il fallut attendre les années 1630 - 1663 pour voir l'expansion s'accélérer en commençant par le Maryland, le Massachusetts et la Pennsylvanie avec un ralentissement sous Cromwell. Si l'on considère la création de Boston en 1630, tout cela nous ramène à une période commune d'expansion et de colonisation sérieuse en Amérique du Nord: 1630 à 1663. Les puritains anglais venus de Leyde en Hollande et qui ont créé Plymouth en 1620 n'étaient pas des marchands. Les Hollandais protestants des Provinces Unies et leurs amis Huguenots colonisent en 1624 New York, Albany


Fleuve Hudson et rivière Mohawk

La deuxième période à considérer semble être celle qui précède la révocation de l'Édit de Nantes  (1685) par Louis XIV qui provoqua des émigrations en masse vers l'Angleterre, les Provinces Unies (Hollande). Dès 1660, en effet, les brimades débutèrent. Louis XIV se rappelant la collusion entre Soubise, Guiton et les anglais de 1621 à 1628, la Révocation fut en partie justifiée pour protéger la marine des risques de collusion entre Huguenots, protestants et anglais. La Suisse servit de passage aux Huguenots du Sud-est de la France pour regagner la Hollande en transitant par l'Allemagne. Malgré l'interdiction faite aux Huguenots de s'installer aux colonies, le négoces des marchands continua sans arrêt. Les affrontements étaient plus insignifiants aux colonies qu'en Europe. A cette époque l'élite marchande, profession "roturière" était majoritairement protestante. Par exemple, à Nantes, commerçaient des protestants irlandais naturalisés (Mac Namara, Clark, Walsh, O'Shield). A Bordeaux l'élite marchande était composée de hollandais et d'hanséates. A Dieppe, les Duquesnes, à la Rochelle les Gabaret et Guiton, etc... En 1638, le cardinal-archevèque Sourdis protégeait aussi bien Duquesne (Calviniste), Villette (Huguenot) que Tourville (chevalier de Malte). A St Malo, le grand négociant Magnon de la Balue était aussi commissionnaire pour le compte de riches négociants de Londres, Amsterdam et Lisbonne. Les fameux "navires parlementaires" anglais sous prétexte de rendre des prisonniers faisaient des échanges commerciaux dans les ports français. Les aussi fameuses "fluites" hollandaises monopolisaient le transport maritime en Europe. Le déficit du commerce extérieur de France est significatif: 21,5 millions de Livres de marchandises importées en France par les hollandais contre 16,7 millions de Livres exportées. Les nobles et les marchands catholiques français commercèrent timidement sous la contrainte de Colbert et le Roi fut obligé de passer une Edit qui permettait aux nobles d'entrer dans le commerce sans déroger à leurs qualités ni préjudicier à leurs privilèges. Les marchands huguenots nouvellement convertis pratiquaient l'ondogamie (mariage entre familles de même profession) (Boussay, Van Hoogwerff, Carayon, Bernon, Seignette, Vivier, Maillet, Suidre, Manié, Bellin, Bonneau, Guyon, Rasteau, Naviac...). Ce qui resserra les liens entre eux dans toute l'Europe.

Il faut aussi considérer le cas de la Hollande puritaine (Provinces Unies) en guerre avec l'Espagne de Charles Quint et Philippe II d'Espagne et la France de Louis XIV.  A partir de 1555, les Espagnols imposent une forte répression dans les Pays Bas. Les marchands des ligues hanséatiques (Wallons et Flamands) sensibles aux thèses de Luther ouvrent dès 1515 leurs portes aux protestants français. Dès 1615, les Wallons s'installent en Hollande à Leyde. Dès 1540, le Calvinisme atteint le Sud de la France, les Pays Bas, la Suisse et l'Écosse. En 1559, sous Henri II, l'Édit d'Écouen ordonne l'expulsion des Huguenots. Mais toutes ces perturbations n'empêchèrent pas les marchands de commercer. Sous Colbert 4.000 navires accostaient en France chaque année. Malgré l'instauration de taxes douanières dans les ports français de la Manche, les échanges étaient nombreux. Les Huguenots avaient en main une importante partie des manufactures en France, ce qui facilita les échanges commerciaux avec l'accord officieux du pouvoir royal, bien qu'il était interdit de recruter des marins ou officiers protestants sur les navires de guerre. A cette époque, une partie du Nord de la France faisait partie des Provinces Unies et ils contrôlaient l'embouchure de l'Escaut, le Rhin et la Meuse. Dunkerque fut racheté aux Anglais qu'en 1662, Lille en 1667, la Franche-Comté en 1668 et annexion de Strasbourg en 1697 . En 1622, les Hollandais et les Wallons protestants sont autorisés par les Anglais à s'installer en Amérique du Nord. Suite au siège de La Rochelle en 1628, les Huguenots ont interdiction "officielle" d'émigrer en Amérique. De 1651 à 1654, les Hollandais sont en guerre avec l'Angleterre suite à l' "Acte de Navigation" qui oblige seuls les navires anglais venant des colonies à commercer avec les ports anglais. En 1669, les Huguenots Picards s'installent en Angleterre.

Des Suisse Vaudois protestants s'installent en 1656 à Staten Island, près de Manhattan, qui avait été achetée aux Indiens en 1630 par des Wallons.

D'après M.C. Heimburger (1951), on ne trouve le P. deltoides que dans le sud-est du Canada, dans le sud de l'Ontario jusqu'à Ottawa, et le long du fleuve St Laurent en descendant son cours jusqu'à Three Rivers, à mi chemin en Montréal et Québec.

En fait, tous ces éléments nous amènent à considérer une zone géographique et fluviale nous amenant de Montréal à Albany, New York et Boston:

- Les Français établis principalement autour des Grands Lacs entre l'Ontario et l'Ohio jusqu'au Wisconsin en passant par le Michigan, l'Illinois, l'Indiana, le Kentucky et la Virginie occidentale,

- Les Hollandais établis le long du fleuve Hudson à Albany et New York, couvrant l'État de N. York, la Pennsylvanie et le Maryland.

- Les Anglais établis sur les ports de la côte jusqu'aux Appalaches, et principalement en Virginie orientale, dans les deux Carolines et au Massachusetts.

La pénétration française en Virginie occidentale s'est effectuée principalement  au départ du Lac Erié par la rivière Muskingham en Ohio pour atteindre en Virginie occidentale la source nordique du fleuve Ohio, la rivière Alleghany à la frontière de la Virginie et de la Pennsylvanie et la source sudiste du fleuve, le Monongahela, situé en Virginie occidentale. La pénétration a pu aussi se faire par les rivières Kanawha et Guyandotte? Au départ du Lac Erié par l'actuelle ville d'Erié ou par le Lac Ontario par la rivière Genesee il était possible de pénétrer en Pennsylvanie du nord pour atteindre le fleuve Potomac (ce dernier ayant ses deux sources principales en Virginie occidentale) qui est une des "routes" permettant d'aller jusqu'à New York. Dès 1616, Etienne Brulé au départ du Lac Ontario explora 60 ans avant Penn la Pennsylvanie aux sources de l'Ohio, la partie nord de la Virginie occidentale et le Maryland jusqu'à la Baie de Chesapeake par la rivière Susquehana. Il y rencontra des chasseurs de castor flamands. Ce n'est qu'en 1716 qu'Alexandre Spotswood revendiqua celle-ci au nom de l'Angleterre.

La pénétration française en Caroline du Sud est plus problématique. Si elle s'est faite par le Tennessee (au départ de Cairo sur le Mississippi) et la Georgie (par Biloxi), il faut attendre les explorations du Bas Mississippi par Marquette (1673), Iberville (1699) et de La Salle (1669). A-t-elle pu s'effectuer par le Kentucky (La Salle1670) ? Ce n'est qu'en 1764 que le Huguenot français Jean-Louis Gibert installa en Caroline du Sud la colonie de New Bordeaux près de Charleston avec l'autorisation du Roi Georges III d'Angleterre.

Pour simplifier, le problème est que les peupliers "Virginiens" peuvent se trouver dans la zone des Grands Lacs et au-dessus en Ontario et que l'on peut trouver les peupliers "Carolines" du Lac Erié jusqu'à la Vallée du fleuve Hudson et jusqu'à New York. En fait l'Angulata (Carolin) se rencontre dans tout le Nord-est de l'Amérique. Donc il serait inutile de chercher les "Carolins" en Caroline du Sud ? Au XVII ème siècle, le cartographe Claude Bernou mentionnait seulement la Virginie et la Floride ainsi que la mer de Virginie. Les Carolines n'étaient pas mentionnées. En 1635, la carte de Blaeu montre la Caroline du Sud incluse dans le périmètre de la Floride sous influence espagnole. La présence française entre les Lacs Erié et Ontario - les sources de l'Ohio en Pennsylvanie (Monongahela) à cheval sur la Virginie occidentale et le Potomac par le Maryland dura de 1616 à 1716 (100 ans). Les conflits continuels avec les indiens ne permirent pas une installation permanente.

Qui a donc donné ces noms en premier et pourquoi ?

     

C) Origine des noms:

La Virginie orientale, occupée depuis 1607 par les Anglais, tient son nom de la "Reine Vierge" Elizabeth 1 ère.
La Caroline, occupée par les Anglais 1663, tient son nom du Roi Charles 1 er, mais Jean Ribault en 1562 fonde le "Fort Caroline" en Floride et Charlesfort en Caroline du Sud en l'honneur du Roi français Charles IX.
Le Maryland tient du nom de Marie-Henriette épouse de Charles 1 er d'angleterre.
L'Hudson vient du nom de l'explorateur anglais qui découvrit la Vallée de la rivière Hudson en 1609.

Jusqu'au botaniste Linné en 1735 qui établi sa célèbre nomenclature et étudia la fécondation des végétaux, les ouvrages étaient en latin et peu compréhensibles (les Jardins du Roi étaient dirigés par des médecins). Les nomenclatures  étaient établies sur des sujets issus de boutures dont on ignorait la provenance exacte. 

En 1755, Duhamel du Monceau est le premier à mentionner le peuplier noir de Virginie et de Caroline à très grandes feuilles et dont les jeunes pousses "sont relevées d'arêtes qui les font apparaître quarrées". En 1765, John Bartram, né en Pennsylvanie, nommé par George III botaniste, parcours toute l'Amérique de l'Est, de l'Ontario à la Floride. C'est à ce jour la référence dans la nomenclature officielle des Populus deltoïdes (Bartram ex Marshall). En 1786, Fougeroux du Bonduroy nomme P. carolinensis et P. virginiana les peupliers américains plantés en France. 

Il semble que ce soit  Aiton en 1789 qui ait pour la première fois situé les formes méridionales (Angulata  - femelle du Carolin -  au Sud et au Mississippi) et septentrionales (Monilifera mâle - dont la femelle est Virginiana - dans l'Ontario, au Québec et en Virginie). Il a donc décrit le premier deux espèces spontanées qui avaient chacune les deux sexes, (bien que la différenciation du sexe des plantes était déjà étudié en 1604 par Adam Zaluzansky et bien que Camerarius en  1694 montrait que les pistils d'une plante doivent être mis au contact du pollen pour que celle-ci fleurisse). Il aurait aussi décrit la forme intermédiaire Missouriensis.

Michaux en 1813 fut le premier qui attribua des noms correspondants aux régions qu'il avait traversé (Canadensis - Hudsonica - Virginian poplar). En 1914, Henry reprend la nomenclature de Aiton en les situant géographiquement. Il semble que ce soit en 1949 que Preston nomme les P. deltoïdes bartr les Eastern cottonwoods.

Actuellement, dans certaines bases de données d'États américains on nomme le Populus deltoidea de Bartram le Alamo carolino au Chili - le P. occidentalis au Colorado à Boulder Creek - le Carolina poplar  à New River Valley...


La chaîne des Appalaches et la trouée de la Vallée des Mohawks

D) Ou se trouvent ces peupliers géographiquement?

Il est difficile d'identifier les cultivars de Populus deltoïdes américains plantés en France par rapport aux peuplier deltoïdes que l'on trouve sur le sol américain. La raison est que les importations de boutures viennent de sujets fragmentés ne comportant qu'un seul sexe, alors qu'en Amérique de l'Est et au Canada existent des espèces avec des pieds des deux sexes offrant toutes sortes de variations.

En général dans les "bottomlands", zones alluviales et limoneuses le long des grands fleuves et des rivières.

L'Angulata (Caroline) se trouve dans les bottomlands du Bas Mississippi et dans le sud du Tennessee. Dans le Nord du Tennessee et au Missouri jusqu'à Cairo (début du fleuve Ohio en Illinois) il se modifie et devient plus fastigié. Les spécialistes le nomme "Missouriensis".

De Cairo jusqu'au milieu du Wisconsin (Haut Mississippi) on trouve les "Angulata" et leur forme intermédiaire "Missouriensis".

Les "Monilifera" (Virginie) arrivent au-delà de Madison, au Wisconsin, au Nord Dakota, au Minnesota, Ontario et au Michigan.

Les Angulata (Caroline) ré-apparaissent du Lac Erié jusqu'à l'État de New York par la Vallée des Mohawks dans la Vallée de l'Hudson.

Pour résumer, on peut dire que les "Virginie" (Monilifera - mâle) ont une aire qui couvre le Nord Dakota, le Minnesota, le Wisconsin et le Michigan. Les "Caroline" (Angulata - femelle) couvre une aire du Missouri et bas Tennessee, Alabama, Georgie et ouest Caroline. Après la transition du "Missouriensis" plus fastigié au Nord du Tennessee et du Missouri, on les retrouve sur le Haut Mississippi de Cairo au Wisconsin, et sur toute une zone passant sous les Grands Lacs jusqu'à l'État de New York (Iowa, Illinois, Indiana, Ohio, Pennsylvanie et New York).On peut donc supposé qu'il s'agit du bassin d'expansion du fleuve Ohio, d'une partie de la rivière Illinois, des rivières Kankakee, St Joseph, Wabash.

Sargent à situé un P. "Pilosa" en Georgie, Louisiane, Oklahoma et Kansas (qui est un Angulata).Asa Gray en 1876 reconnaît un "Monilifera (Virginie) de la Vallée de l'Hudson à l'Illinois.

Il devient donc très difficile, en dehors des caractéristiques des arbres, de définir une origine bien définie. La question est pourquoi les peupliers nordiques "canadiens" ont-ils été appelés "Virginie", alors que la partie ouest de cet État semble accueillir l'Angulata" du Sud.

De 1610 à 1650, la rivière Outaouais fut utilisée principalement. La région du Lac Ontario était alors infestée d'indiens Iroquois (armés de fusils par les colons hollandais) en mal avec les français qui pactisaient avec les Hurons. La principale raison de ce choix fut la présence de nombreux castors. En fait, la principale zone d'influence française se situait : fleuve St Laurent - Grands Lacs - fleuve Ohio. Le Missouri et le Tennessee furent explorés plus tard. Champlain en 1609 a certainement atteint la rivière Ohio et la Virginie de l'Ouest en passant par la rivière Muskingham. La Salle, au départ du Lac Erié à certainement exploré la Maumee river, et la Miami river qui rejoignait le fleuve Ohio. Il a du passer aussi par la rivière Muskingham pour attendre la Virginie occidentale.

Pittsburgh en Pennsylvanie au croisement des deux branches qui forment le fleuve Ohio (Alleghany et Monongahela rivers) et le Nord de l'État avec le Potomac - semble un lieu de passage et de pénétration des Européens en Virginie occidentale. Le Lac Erié n'était pas loin et le passage du Lac Ontario vers le Potomac pouvait s'effectuer par la rivière Genesee.

F) Qu'avons-nous appris des naturalistes, botanistes et dendrologues ?

- Les premières collections de plantes vivantes se sont créées à : Padoue (1525) - Pise (1544) - Leyde (1577) - Montpellier (1597) et Paris (1598). En 1583, Césalpin inaugura la botanique moderne.

- Sur l'impulsion du Roi Louis XIV (1638-1715), de nombreux "Jardins royaux" se créèrent. Mais déjà en 1601, Robin, jardinier d'Henri IV recevait des graines diverses. Colbert encouragea les savants dans leurs recherches exploratoires. Les dendrologues n'étaient pas à la mode, mais les botanistes occupés à alimenter tous les jardins botaniques firent une partie de leur travail. Le microscope ayant été créé en 1624, cela encouragea les savants à approfondir les secrets de la botanique.

- La création des Jardins du Louvre par Robin et celle des célèbres Jardins de Blois de Gaston d'Orléans par Morison donna une forte impulsion à la botanique. Richelieu et Colbert encouragèrent de nombreuses expéditions qui comptaient des naturalistes et des botanistes.

- En 1633, Adriaan van der Spiegel établi le catalogue du Jardin académique de Leyde en Hollande, dont des espèces du Pérou, de Virginie et du Mexique. En 1635, Philippe Cornu étudie les plantes du Canada du jardin de Robin et les décrit dans : "Canadensium plantarium aliarumque nondum editarum Historia".

- En 1673, le père jésuite Marquette en compagnie de Louis Jolliet explore le Mississippi et la Vallée de l'Ohio, et découvre l'Oranger de la Tribu Osages. Il tente de le reproduire par semi et reproduction végétative.

Pour approfondir le sujet, il faudrait avoir accès aux planches des botanistes et des naturalistes de l'époque : Morison (1658) - Cornut (1635) - Spiegel (1633) - Perrault (1680) - Magnol (1689) - Les Commelin (1690) - Jungermann - Ammann - Hermann - Jung - Bontius, etc... Puis aux écrits des botanistes - dendrologues Bartram, Marshall, Duhamel du Monceau, Linné, Aiton, Fougeroux du Bonduroy, Moench, Michaux, Dode, Hartig, Bosc, Rehder, Sargent, Henry, Gray, Sudworth, etc...

Il semble que ce soit Carl von Linné le premier qui ait parlé de Populus en 1735.

G) Que sait-on sur les plus anciens P. deltoïdes reconnus en France et en Europe ?

Houtzagers a vu les même Virginiens sur le fleuve Mississippi, dans le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan, jusqu'à l'État de New York et la Vallée de l'Hudson, puis au Maryland et en Virginie. Ce seraient les premiers importés au début de la colonisation.

Peut-on penser que le fait que de nombreux colons aient été Huguenots a privilégié les ports "protestants" de la côte atlantique française?

Le "Hudsonica" de Michaux semble avoir été le premier peuplier importé. Il s'agit très certainement d'un "Monilifera" (mâle de Virginiana).

La variétés P. deltoides "missouriensis" serait arrivée aux Pays-Bas en 1891.

Certains pensent que le "Virginiana" proviendrait presque exclusivement du Nord-est (Nord Dakota, Minnesota, Wisconsin, Ohio, Michigan, Maryland, Indiana et Illinois)et que le "Carolinensis" se trouverait dans toute la zone Est, Louisiane, Sud Caroline et Tennessee jusqu'à l'Ohio. Il semble donc presque impossible de situer réellement ces premiers deltoïdes. Des Virginiens et des Carolins ont pu être récoltés dans la même région.

D'autres pensent que Virginiana serait un hybride (le Monilifera (mâle de Virginiana) a des capsules à 6 sillons qui s'ouvrent par 3 ou 4 valves. Alors qu'en France, les Virginiana ont presque toujours 2 valves!). Le belge Mulh Larsen pense que le Virginie d'origine serait en fait déjà un hybride euraméricain. Ce qui sous-entend que des Populus nigra européens ont été importés en Amérique et au Canada.

- Entre 1499 et 1512, le support de la Joconde a été fabriqué de trois feuilles de peuplier (P. deltoïdes ou P. nigra indigène ?).
- En 1633, le botaniste Spiegel étudiait les plantes de Virginie au Jardin académique de Leyde en Hollande.
- En 1635, le botaniste Philippe Cornut écrit un ouvrage sur les plantes du Canada du jardin des frères Robin.
- Fin 17ème siècle - Le Marquis C. Benso di Cavour importe en Italie près de Turin 2 peupliers "canadiens".
- En 1750 on fabriquait des talons de chaussures en peuplier deltoïdes "Carolin" pour le Roi Louis XV.
- En 1755, Duhamel du Monceau mentionne les peupliers noirs de Virginie et de Caroline.
- Vers 1800, les "Angulata de Chautagne" étaient cultivés dans l'Ain.

Dans les années 1636, arrive dans les Parcs de Paris venant de l'Amérique le Robinier faux-acacias. Donc à l'époque on importait déjà des boutures d'arbres ou bien des jeunes arbres racinés en pots.

Le P. canadensis (Michaux) aurait été introduit en Europe en 1738 (aire: sud Canada à Caroline Sud). On en voyait un en 1902 à Vittel.

Le Virginie "de Frignicourt, fut principalement planté dans le Sud-est de la Marne à partir de 1787.

Le peuplier "Angulata", forme femelle du Carolin fut peu répandu (il a été reconnu seulement de la Chautagne jusque dans la région de Seyssel-Culoz) et le long de la Garonne.

- En 1850 on parle du P. deltoïdes "Angulata", peuplier femelle du Carolin.(mis en pieds-mères par le pépiniériste Turrel dans les marais de Chautagne).

Le Carolin serait d'origine de Caroline du Sud, (qui ne fut colonisée par les anglais qu'en 1663). Le nom de Caroline du Nord vient du Roi anglais Charles Ier. Mais Jean Ribault en 1562 fonde le Fort "Caroline" en Floride en l'honneur du Roi français Charles IX ???

- En 1806, M. de Longeril sur son domaine de Lamothe-Beaumanoir sur la route de Rennes à St Malo avait des plantations importantes de peupliers du Canada, de Virginie et de Suède.

- Le peuplier de Virginie ne semble pas avoir été prélevé dans l'État de Virginie orientale (occupé par les anglais, amis des Iroquois depuis 1607). La partie de la Virginie occidentale située entre les Appalaches et l'Ohio et le Kentucky était considérée "Territoire indien" sans présence des anglais. Il pourrait venir du bassin d'expansion de la Vallée de l'Ohio. Le nom de Virginie vient de la "Reine vierge" Elizabeth 1 ère.

- D'une manière générale, les peupliers "Virginiens" semblent avoir surtout été plantés sur la Loire et au Nord de la Loire et les peupliers "Carolin" au Sud de la Loire, en particulier le long de la Garonne.

L'impression générale qui ressort des différents écrits est que les dénominations "Virginie" - "Carolin" - "Marilandica" ne correspondent pas forcément au nom de l'État qu'ils représente.

      

H) Que sait-on sur l'apparition en Europe des premiers hybrides "euraméricains" ?

Tout d'abord, il faut savoir que 99 % des hybrides dès le début, quelque soit leur dénomination, proviennent d'un parent "Virginien" dénommé souvent "Canadien".

- La plupart des hybrides qui ont été cultivés en Europe occidentale proviennent du Bassin Parisien et du quart Nord-est de la France.

- En 1752 on plantait un hybride euraméricain "Serotina" (Tardif) dont un des parents serait un P. deltoïdes de Virginie, dans le Jardin botanique de Nancy.(Le nom de "Serotina" aurait donc été attribué avant que Duhamel du Monceau en 1755 dénomme pour la première fois les peupliers noirs américains "Virginie" et "Caroline" ?).

- En ? ... Apparition de l'euraméricain "Marylandica" dont un des parents serait un P. deltoïdes du Maryland (Virginiana).

- Il semble que les premiers euraméricains "Régénérés" (de l'Ourcq), hybrides de 2ème génération aient été croisés par les pépiniéristes Michia (qui leur donna ce nom et Romanet en 1814 (euraméricain "Marilandica" (Maryland) X euraméricain "Sérotina" (Virginie)). Bugeot le commercialise à partir de 1865.

En 1770, le Serotina était déjà planté dans les jardins de Bruxelles (Massart).

En 1818, un pépiniériste belge fournit des boutures de Serotina au Baron de Selys-Longchamps (Warenne) qui seraient des mutants gemmaires de Serotina).

- C'est dans les années 1870-1880 que les pépiniéristes s'intéressent sérieusement à la multiplication d'hybrides.

Ce n'est qu'en 1912 que Henry créa les premières  hybridations artificielles.

P. deltoïdes Hybride 1ère génération Hybrides 2ème génération
Virginie  - Caroline (Angulata) Serotina Régénérés - Marylandica

Les hybrides de première génération - "Sérotina": un doute sur le croisement - peut-être "Carolin" x "nigra" ? mais plus certainement Virginiana.

Le premier localisé fut celui du jardin botanique de Nancy en 1752. 

Le Serotina "de Champagne", dénommé dans l'Aube "Blanc Suisse et Blanc de Champagne" et dans la Marne "Romilly" se propage à la fin du XIX ème siècle dans la Vallée de la Seine entre Troyes et Nogent et près du confluent de la Vallée de l'Aube. Il fut commercialisé par un pépiniériste sous le nom de "Raverdeau à écorce blanche". Il est possible qu'il soit le résultat d'une mutation gemmaire d'un "Serotina Hartig".

Dans l'Oise un Serotina fut dénommé "Gris de l'Oise".

Le Serotina "du Poitou", dénommé Blanc de Poitou, remplace dès 1875 dans le Marais Poitevin les P. nigra spontanés "Charpes" et les vieux Suisse "Serotina". Son aire principale : entre Loire et Gironde. Serait-ce une mutation gemmaire du Serotina Hartig ?

Le Serotina "de Selys": en 1818, un pépiniériste de Bernissen (Tongres) donne des boutures au baron de Selys-Longchamps. Ce serait une mutation gemmaire de Serotina.

Le Serotina "Bleu d'Exaedre" - En alignements en Belgique.

Les hybrides de deuxième génération - "Régénérés" :   En 1785, Moench dénomme un hybride "Regenerata".  Le nom aurait été repris par un horticulteur près de Paris en 1800.

Régénéré "de l'Ourcq" : développé par Michiat et Romanet à partir de 1814 et par Bugeot en 1865. (Marylandica x Serotina). Le canal de l'Ourcq a été créé en 1822 et ses berges ont été plantées en "Régénérés".

Régénéré "Sarcé rouge" dénommé par la maison Sarcé à Pontvallain.

Régénéré "Chateau-Thierry" dans la Vallée de la Marne.

Régénéré "d'Hauterive" : chez M. Villeneuve à Hauterive en Tarn et Garonne 19ème siècle.

Un autre hybride de deuxième génération - "Marylandica": parfois dénommé "Canada" (Hudsonica ?).Il était très répandu en Hollande. Ce serait le P. Euxylon de Dode. Quelques uns ont été plantés dans l'Allier.- "Eugenei" 1832 - Italica x Marilandica (appelé dans l'Oise "Caroline" - "Gelrica" 1865.Il pourrait provenir d'un croisement "d'Angulata" x nigra ou bien de "Serotina" x nigra.

I) Comment les hybridations ont-elles pu être provoquées?

- En 1673, on pratiquait les semis et la reproduction végétative (Marquette et son Oranger).

- Ils auraient pu être reproduits et collectionnés dans certains des nombreux Jardins botaniques, puis au retour d'expéditions implantés dans les campagnes avoisinant les habitations des botanistes ou dans les domaines des marchands, pour finir par être certainement confiés à des pépiniéristes afin de les reproduire.

- Par exemple, on sait que fut créé le Jardin botanique d'Avranches le 18 brumaire an 8 par la Convention pour recevoir les végétaux arrivés par les ports de Granville et de Saint Malo.

- Certains ont pu être certainement provoqués par les botanistes eux-mêmes. D'autres par des pépiniéristes. A cette époque la pratique était-elle courante ? Camerarius en 1694 démontrait la possibilité de fécondation par le pollen et en 1604, Zaluzansky étudiait le sexe des plantes.

- Nous ne voyons pas pourquoi ces P. deltoïdes auraient été disséminés immédiatement dans la nature et encore moins près des ripisylves des fleuves au contact des P. nigra indigènes. Si on prend comme référence d'arrivée 1700, et la présence d'un hybride euraméricain au Jardin botanique de Nancy en 1752, il semble qu'il y ait une possibilité incertaine.

- On peut imaginer qu'au début, on a du porter un grand soin à ces boutures débarquant d'Amérique. Les marchands ont du les confier à leurs jardiniers ou à des pépiniéristes qui les ont planté dans des Parcs.

 1) Dans un premier temps elles ont du être plantées et on été suivies et étudiées jusqu'à ce que la floraison afin de permettre de connaître leur sexe. Donc, environ 10 ans après.

2) Dans un deuxième temps, si la même personne a eu la chance de posséder plusieurs boutures d'arbres de sexes différents, elle a certainement tenté de provoquer des pollinisations contrôlées avec des P. nigra indigènes qui poussaient naturellement dans les ripisylves des fleuves.

 3) Dans un troisième temps, suite à l'importation d'Italie en 1745 du P. nigra Italica, qui a surtout été implanté en peuplier d'ornement, pour signaler les hameaux ou les fermes, pour agrémenter les berges des canaux, les pépiniéristes ont du procéder à des pollinisations contrôlées avec les P. deltoïdes qu'ils détenaient.

A notre avis, une fois l'euphorie de la découverte passée et après la multiplication des plants qui ont été certainement plantés chez des propriétaires forestiers ou agricoles, une partie des deltoïdes et des hybrides ont été peut-être délaissés (suite aux guerres ou aux partages d'héritages ?) et le pollen a du se propager naturellement jusqu'aux aires ou se trouvaient les nigra indigènes).

Quand à la solution de la pollinisation naturelle des P. deltoïdes dans la nature au contact de P. nigra indigène ou Italica, nous avons un doute sur l'interprétation des évènements. A l'époque, les sols de nos campagnes étaient travaillés par les paysans chaque années. Quand on sait les conditions préalables pour qu'une pollinisation naturelle s'opère dans la nature (les semis ne peuvent s'installer qu'en absence de toute autre végétation, les graines ne peuvent germer que sur des sols gorgés d'eau juste après le retrait des eaux), nous ne voyons que la possibilité d'implantations de P. deltoïdes auprès des ripisylves et même dans les marais tourbeux ou certains pépiniéristes avaient leur pépinière. D'autre part il nous parait inconcevable que l'on ait mis ces boutures directement au milieu des ripisylves.

La possibilité la plus vraisemblable est que des pépiniéristes installés près des fleuves et des canaux ont développés les P. deltoïdes en leur possession et qu'une pollinisation naturelle provoquée par le vent ait favorisé le contact avec les P. nigra indigènes sur les bancs de sable des rivières et des fleuves.

 Nos spécialistes contemporains, Philippe Guinier et Jean Pourtet estiment qu'il faut un siècle environ, de l'importation d'une bouture à la création dans la nature par pollinisation naturelle d'hybrides naturels. Il semble donc qu'il y ait une contradiction par rapport à l'arrivée des deltoïdes en 1700 et la plantation d'un hybride "Serotina" à Nancy en 1752 (50 ans).

Un fait intéressant : En 1951 on pouvait voir dans les ruines incendiés et les gravats de la ville de Vitry-le-François de jeunes pousses de peuplier régénéré, issus de graines apportées par le vent. Ce qui prouve qu'une hybridation naturelle peut se faire très rapidement dans certains cas.

CONCLUSIONS

Sans avoir eu l'avis des intéressés qui ont optés pour la date de 1700, d'autres théories peuvent être crédibles.

Depuis 1562, les Huguenots français se sont trouvés souvent avec les anglais et les Hollandais des Provinces Unies dans les États de la côte dont la Virginie, la Caroline et la Vallée de l'Hudson dans l'État de New York, au Connecticut. Mais ils étaient aussi partout dans la zone d'influence française. Serait-il possible que ce soit eux qui aient ramené les premières boutures par les ports français et hollandais de la Manche? Ce qui expliquerait la prépondérance des "Virginien" au Nord de la Loire. Au XVI ème siècle, les Provinces Unies avaient développées un extraordinaire trafic commercial dans la vallée rhénane (fleuves Escaut, Rhin, Meuse, Moselle) jusqu'en Suisse (Bâle) et l'Italie du Nord).Est-ce un hasard si le premier hybride Serotina a été planté au Jardin botanique de Nancy et d'autres hybrides à Vitry le François sur la Marne ? (avant la construction du canal Marne-Rhin construit en 1853 cet axe servait de passage vers l'Ile de France. Est-ce aussi un autre hasard que les peupliers "Suisse" aient pu prendre le chemin du Rhin pour arriver dans le canton de Vaud ?

Les Anglais et les Huguenots ont colonisé la Caroline du Sud en 1663. Avant il y a eu une présence espagnole furtive. Si ce sont les français qui ont importé les premiers "Carolin", peut-être viennent-ils du Tennessee ou de la Georgie, aussi bien que de la vallée de l'Hudson ?

Quant aux peupliers de "Virginie", les français auraient pu prélever des boutures en Ohio, en Virginie occidentale ou au Kentucky, dans le Nord du Dakota, dans la Vallée de l'Hudson, au Michigan en Ontario et  le long des Appalaches?

A notre avis, on pourrait améliorer les recherches autour de deux époques: 1630-1660 et 1669-1700. La deuxième époque étant la plus plausible avec Cavelier de La Salle. Durant la première époque il semble que les expéditions comprenaient peu d'hommes (Marquette avait six compagnons) et qu'ils étaient surtout en mission de reconnaissance auprès des indiens. De plus, la révocation de l'Édit de Nantes  en 1685 par Louis XIV provoqua de nombreux exils de Huguenots aux colonies.

Donc, la date de 1700 n'est pas fausse. Nous situons plutôt l'époque entre 1669 et 1700 pour les peupliers dits "Carolins". Mais rien n'empêche de penser que dans la période 1615-1636 il ait pu y avoir des importations de boutures de Carolins en même temps que celles venant de "Virginie"par les marchands protestants et Huguenots vers La Rochelle et Rochefort qui déjà recevaient du bois du Québec.

Les aires naturelles des Virginiens et des Carolins sont assez vaste pour qu'ils ne proviennent pas forcément de cet États qui étaient sous la coupe des anglais et des protestants (sauf la Virginie occidentale jusqu'à 1716)! La vallée de l'Hudson et la Vallée du Potomac - Chesapeake avec l'aire Montréal -  Albany - Boston - New York nous semble plausible, bien que les deltoïdes aient pu venir directement de Virginie orientale et de Caroline du Sud.

On peut essayer de récapituler l'évolution qui s'est produite:(ce n'est qu'une hypothèse).

Arrivée des premiers "Virginiens" entre 1636 et 1700,
Arrivés par l'embouchure de l'Escaut sur le Rhin, la Meuse, la Moselle à Nancy, puis par le tracé du canal Rhin-Marne à Vitry-le-François.
De 1636 à 1750 ils ont été confinés dans les Parcs et Jardins puis chez les pépiniéristes en bordure des fleuves,
De 1700 à 1750 ils s'hybrident par pollinisation naturelle avec le P. nigra indigène et à partir de 1745 avec le P. nigra Italica,
De 1750 à 1814 les premiers hybrides "Serotina" font leur apparition,
De 1814 à 1895 développement de mutants gemmaires ou d'hybridation de deuxième génération "Régénérés"(Ourcq, Yonne, Hauterive, Château-Thierry,...),
1895, apparition du "Robusta" qui, après la guerre, en 1918, va détrôner petit à petit les Serotina et Régénérés qui sont sensible au chancre suintant,

Arrivée des premiers "Caroliniens" en 1669 et 1700,
Arrivés par la Rochelle et Rochefort ils sont implantés en arbres d'ornement,
Petit à petit ils bordent les canaux et les berges de la Garonne et les rivières et les marais rentrent en concurrence avec le "Virginie" de Vittel (de Nancy) implanté en 1923,
Dans les années 1800-1850, l'Angulata se développe en Chautagne.
On ne sait pas trop pourquoi les "Carolins" n'ont pas suivi l'évolution des hybridations comme le "Virginie", peut-être cet arbre du Sud ne supportait pas le climat au-dessus de la Loire ? En général, au départ de la Louisiane les navires se rendaient au port de Dieppe, et comme on le sait, les "Carolins" ne supportent pas trop ce climat.

Quoiqu'il en soit, la très grande majorité de nos hybrides euraméricains actuels, depuis le Robusta", sont issus d'un parent de Virginie.

(Ceci n'est qu'une synthèse hypothétique qui ne demande qu'à être améliorée).

Dominique MEESE - Président de l'association Peupliers du Centre - Val de Loire - le 17 décembre 2005. mise à jour le 1er février 2006.