
Prof.
Giacomo Piccarolo
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Istituto di Sperimentazione per la Pioppicoltura
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Expérimentations sur le peuplier en Italie - 1948
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Série des : I 37 - I 37A - I 154 - I 214 - I 262 - I 455 - I 488 - I 92/40
Jadis en Italie l'élevage du peuplier comme plante industrielle a été négligé, avec la même et peu louable conviction, soit par les techniciens forestiers, soit par les techniciens agraires. La culture du peuplier s'est principalement développée à l'instigation de l'industrie; elle n'intéresse en réalité que les milieux agraires, soit parce que c'est là que se trouvent les zones dans lesquelles il est possible d'effectuer la culture intensive de cette plante, soit parce que les critères, les aménagements et les méthodes de culture se rattachent fondamentalement à ceux de l'agriculture.
Pour quelle raison, en Italie, le peuplier a-t-il éveillé un intérêt si vif et si subit dans l'expérimentation ?
Tous connaissent la pauvreté en bois de notre pays, et ce serait faire montre d'un empressement superflu que de vouloir vous la confirmer par des données statistiques. Rappelons plutôt qu'à ce malaise vinrent s'ajouter certaines préoccupations, causées en particulier par une maladie cryptogamique des feuilles des peupliers cultivés, qui, à un certain moment, s'annonça très menaçante. Il faut considérer en outre les conséquences d'une politique économique dite "autarchique" suivie bientôt par les nécessités de la guerre et de l'après-guerre, enfin par la situation de plus en plus grave de nos échanges. Des problèmes surgirent, qu'il fallut résoudre par des méthodes rationnelles et pratiques en même temps.
On peut considérer qu'en temps normal, notre consommation de bois d'œuvre de peuplier peut atteindre et surpasser un million de m3 par an. Cette consommation est répartie à peu près dans les pourcentages suivants : 35/40 % aux papeteries - 15/20 % aux contreplaqués - 35/40 % aux bois de sciage, meubles, emballages - 5/10 % aux allumettes, laine de bois, sabots et industries mineures.
Il est probable que cette consommation croîtra considérablement avec la reprise économique de la nation. La production des peupleraies proprement dites, soit à peuplement de peupliers sur toute la superficie, lesquelles, entremêlées avec les zones agraires les plus riches, occupent environ 30-35.000 ha et sont situées le long des principaux cours d'eau de la vallée du Pô, satisfait à environ un tiers de la demande.
Quant aux deux tiers de la consommation, on y pourvoit par la production des plantations en rangées et groupes épars, associées aux cultures agraires, le long des fossés, des confins, des routes, etc.
La société papetière la plus importante d'Italie - la S.A. Cartiere Burgo, de Turin - reconnut à un certain moment que son intérêt, et celui de toutes les industries qui emploient du bois de peuplier, était lié à la fourniture garantie d'une matière première suffisamment abondante et à l'amélioration de celle-ci. C'est pourquoi, en créant l'Istituto di Sperimentazione per la Pioppicolture de Casale Monferrato, elle chercha à établir une méthode propre à faire augmenter rapidement la culture intensive du peuplier. L'Institut recueillit, coordonna et poursuivit les recherches et les expériences qui avaient été exécutées ou ébauchées précédemment, depuis plusieurs dizaines d'années.
Cet avant-propos doit vous expliquer les buts, les moyens et les directives auxquelles ont a crut nécessaire d'obéir dans la mise au point et dans la préséance donnée aux travaux expérimentaux que nous allons vous exposer brièvement.
Expérimentation concernant l'amélioration de la plante
Le problème le plus urgent fut celui de parer la grave menace de la Tavelure - " Defogliazione Primaverile ", de sorte, qu'on lui donna la préséance sur toutes les autres recherches. Cette maladie avait déjà été signalée en Angleterre en 1820 (Sorauer 1909).
Tandis que les pathologistes étudiaient les caractéristiques de cette maladie, en déterminaient l'agent et les méthodes les plus rapides et les plus sures de lutte préventive, dans le domaine biologique, les recherches furent dirigées vers ce qui apparut directement comme le moyen le plus efficace pour prévenir la maladie, c'est-à-dire l'emploi, dans les plantations nouvelles, de formes de peupliers résistants.
La maladie, qui attaque les feuilles et les jeunes rameaux encore verts, est causée par un hyphale dont les manifestations avaient déjà été observées en France dès 1889, ou elle frappait le peuplier pyramidal : c'est pourquoi elle fut appelée alors "maladie du peuplier pyramidal". Au sujet de l'agent pathogène ont eu lieu de longues recherches et discussions, d'abord en France, puis en Italie. Elle a reçu les diverses dénominations de Fusicladium tremulae Franck - Fusicladium radiosum Lind. p.p. - Napicladium tremulae Sacc. - Stigmina radiosa Goid, et enfin, en distinguant la maladie provoquée sur le tremble de celle qu'on trouva sur le peuplier dit "du Canada", Pollaccia elegans Serv. et Pollaccia radiosa (1939).
En définitive, il doit s'agir de l'hyphale dont Goidanich et Vivani ont démontré le passage métagénique à la forme ascophore, que Vuillemin appelait Didymosphaeria populina Vuill. 1889 et que Servazzi reconfirme avec le nom de Venturia populina (Vuill.) Fabricius.
La recherche de formes résistantes à la maladie, qui, heureusement, eut des résultats pratiques positifs, donna aussi l'occasion de faire des constatations qui eurent une influence intéressante sur la nécessité et sur les possibilités d'identifier les peupliers et sur leur nomenclature.
En Italie, et surtout en Piémont, ou la culture du peuplier est plus développée qu'ailleurs et ou commencèrent et ensuite se manifestèrent le plus violemment les attaques de la "Defogliazione", on cultivait presque exclusivement les peupliers dits " canadesi ", c'est-à-dire ce groupe très vaste de formes que les membres de la Commission Internationale du Peuplier à la suite des vérifications faites à l'occasion de leur excursion en Italie, au printemps passé, s'accordèrent à reconnaitre comme des hybrides dérivant du Populus virginiana Foug., soit des hybrides euroaméricains de degré divers, dans lesquels le premier ancêtre d'Outre-océan devait être reconnu dans le type appelé par Aiton P. monilifera.
On connaissait et cultivait aussi, sur une échelle beaucoup plus réduite, le nom commun de "Carolin", que la susdite Commission Internationale du Peuplier reconnut comme descendant, en ce qui concerne l'ancêtre américain, du P. carolinensis Foug. ou P. angulata Ait. Cependant ces dernières formes étaient d'abord beaucoup moins répandues, bien que l'on connut leur grande vigueur végétative, parce que leur port est très irrégulier, excessivement étalé, et que, par conséquent, elles font beaucoup d'ombre dans les plantations associées à l'agriculture, qui, en Italie, ont la prédominance absolue : - parce que le bois est cassant, et que, par conséquent, les arbres sont facilement endommagés par le poids de la neige et par la violence du vent; - et enfin parce qu'elles exigent de forts élagages.
En effet, encore maintenant, dans les régions voisines du Piémont et dans le Piémont même, ou la "Defogliazione" ne s'est pas encore manifestée sous la forme la plus grave, prédominent complètement les hybrides appartenant au premier groupe, c'est-à-dire des hybrides qui très probablement dérivent du croisement entre P. virginiana Foug. et le peuplier noir commun (P. nigra).
Parmi les peupliers noirs indigènes, on cultive seulement P. nigra var. italica Du Roy (1772), comme ornement; tandis que les peupliers noirs communs constituent la végétation spontanée le long des lits des ruisseaux et des rivières, spécialement dans les vallées préalpines. Quand ils sont cultivés, grâce au fait qu'on leur reconnaît une certaine valeur, ce ne sont plus des formes pures, mais des produits d'hybridations répétées, dans lesquelles a prévalu le sang du peuplier noir commun (par exemple P. nero Stella).
Le choix empirique effectué par les pépiniéristes fut dirigé surtout dans le sens d'isoler, spécialement parmi les soi-disants "canadesi" les formes qui présentaient une écorce plus lisse, plus claire et une certaine régularité de port, en appelant cet ensemble de caractères "gentilezza" des plantes. On distinguait cumulativement les "canadiens blancs", par opposition aux "canadiens gris", qui ont une écorce plus foncée et plus crevassée et un aspect plus rustique. Naturellement cette distinction était essentiellement sommaire, puisque dans les types mêmes et les groupes intermédiaires entre les deux types, il y avait une gamme très ample de formes. Mais tandis que parmi les "canadiens blancs" on ne trouva pas de plantes réfractaires aux attaques de la "Defogliazione", parmi les formes "de canadiens gris" on trouva au contraire des peupliers qui n'étaient pas attaqués, et en particulier une forme qui, dans la première peupleraie de comparaison établie avec du matériel provenant d'un choix fait parmi les peuplements de peupliers cultivés, ou l'on notait les plantes résistantes qui se présentaient le mieux, - eut le n° d'ordre " 154 ", qu'il conserva comme numéro de clone.
Puisque entre-temps les cultivateurs du peuplier avaient observé que, pour la plupart, les soi-disant "carolin", - dont on avait deux groupe sur la base de la couleur de l'écorce : l'un des "carolins blancs" et l'autre des "carolins gris" - , n'avaient pas encore été attaqués par la "Defogliazione" dans les nouvelles plantations, les "canadiens" furent remplacés par les soi-disant "carolins" dans la province de Turin et de ses abords.
Vint la "Defogliazione" du printemps de 1941, et elle fut si violente que, spécialement dans la province de Turin, une grande partie des peupliers dits "carolins" fut aussi frappée gravement et endommagée.
Parmi les "carolins gris" on trouva une forme qui livra le clone "37", dont la résistance à la "Defogliazione" fut confirmée même, pendant cette année-là. De même le clone "37-A" résista aux attaques, mais comme le précédent, il manifeste tous les défauts connus des "carolins".
Toujours afin de trouver des peupliers résistants à la "Defogliazione", on introduisit des peupliers de l'étranger; ainsi on éprouva deux formes de "canadiens" appelés l'un "anglais" et l'autre "danois", selon le pays d'origine; cependant, comme ils se montrèrent bien inférieurs au "clone 154", quant à l'accroissement et la forme,, ils furent abandonnés.
De France, on a importé - un peuplier dit "virginiano" - un autre peuplier appartenant aux soi-disants "régénérés", qui prit en Italie le nm de "monilifero"; - un hybride de basalmifère non précisé; - et P. charkowiensis Schroeder (1902).
Tous, ils se montrèrent résistants à la "Defogliazione", - mais le peuplier dit "virginiano", très proche du peuplier noir commun, fut abandonné, parce qu'il a un accroissement un peu trop lent et surtout un port trop irrégulier, et du bois peu apprécié par les diverses industries. Le "monilifero" a satisfait passagèrement les cultivateurs grâce à son port élancé; mais d'autre part son accroissement n'est pas très fort, il est excessivement exigeant quant à la fertilité et à la fraîcheur du sol, et surtout il est facilement infesté par toutes espèces de parasites, champignons et insectes.
L'hybride de balsamifère perdit du terrain déjà pendant la deuxième année de pépinière, se montrant bien inférieur à tous les peupliers de la section Aigeiros. Le P. charkowiensis ne montra pas de particularités supérieures à celles du peuplier pyramidal commun, dont il avait le port.
Au contraire, après avoir constaté l'hétérogénéité des plantations de peupliers italiennes et avoir considéré les difficultés et les risques de l'importation de types nouveaux de l'étranger, on essaya tout de suite une autre voie, qui devait être plus tard féconde en excellents résultats.
En tenant compte du fait que le peuplier est une plante dioïque, à fécondation anémophile, au grand dynamisme génétique, mais présentant la possibilité de fixer facilement les phénotypes par la formation de "clones", on fit de vastes semis de peupliers, en prélevant les graines sur des sujets déjà adaptés au milieu, particulièrement désignés par leur fort accroissement, leur port, les caractéristiques de "gentilezza", comme on dit en Italien, qui sont particulièrement appréciées par les commerçants et les industriels, et résistants aux maladies et aux adversités.
Désormais, depuis environ 20 ans, on fait chaque année des semis, sur des étendues plus ou moins vastes, selon les possibilités et les commodités culturales. En général, on dispose de 5 à 15.000 semis par an. En 1938, on en obtint presque 100.000.
On a adopté diverses méthodes de semis: la plus récente, qu'on préfère, parce qu'elle permet de suivre commodément le développement, d'effectuer les contrôles et de faire le choix, c'est celle à bandes étroites, distantes d'environ 1 m, l'une de l'autre.
Le semi est maintenu pendant 1 an, soit une saison. A la fin de la saison, la taille moyenne des semis est d'environ 1,50 m à 2 m, ou de plus. A la suite des observations, des contrôles et des sélections, on trie un nombre plus ou moins réduit de sujets, en choisissant non seulement les plus développés, mais aussi des sujets présentant aussi peu de ramifications que possible et une résistance presque absolue aux attaques de la rouille à Melampsora, à la "Defogliazione" et aux autres maladies cryptogamiques communes. Ainsi les meilleurs se réduisent tout de suite à quelques centaines, au maximum 5-600.
L'an suivant, avec ces sujets, on constitue une pépinière, en procédant comme suit: on maintient les rangées à la distance d'un mètre entre-elles; - dans une première rangée, on place, à 50 cm d'écartement, les portions radicales des petites plantes, en y laissant subsister un tronçon de fût avec 2 ou 3 bourgeons (barbatelles coupées), au niveau de la surface. Celles-ci après deux ans de pépinière, donneront naissance aux plants. Dans la rangée contigue, située à 1 m de distance, on place trois boutures, les meilleures de chaque plante, situées en face du pied relatif, en leur donnant le numéro d'ordre de l'année du semis. Par exemple 10/48 - 27/48, etc. Celles-ci, à la fin de la première année, donneront les barbatelles.
Dans la pépinière, pendant la deuxième année, on effectue un nouveau choix plus soigneux. De telle façon, en peu d'années, on réduit la série à très peu d'individus, presque toujours à bien moins qu'une dizaine.
Avec ces sujets d'élection, on forme ensuite les peupleraies de comparaison, formées pour la première fois par des plantes dont chacune est un prototype des divers clones. De ces plantes, on suit le développement pendant une révolution qui varie de 14 à 15 ans au minimum.
Le matériel ainsi sélectionné pendant plusieurs années a donné les clones à présent pour la distribution commerciale:
.I 37 - I 37A - I 154 - I 214 - I 262 - I 455 - I 488 - I 92/40