
Philibert Guinier ![]()
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(Directeur honoraire de l'École Nationale des Eaux et Forêts - 1951)
Recherches sur le Peuplier français de 1942 à 1946
Avant 1940, peu de travaux scientifiques avaient été faits sur le peuplier. Dode en 1905 fit figure de précurseur en publiant des articles. De 1910 à 1916, A. Henry publie en Angleterre une série d'études sur les Peupliers noirs et obtint les premiers hybrides artificiels. Il fallut attendre 1937, date à laquelle, en Hollande, Houtzagers publia un important travail sur le genre Populus. Cansdale compléta les travaux d'Henry et d'Houtzagers. En France, à cette époque, R. Régnier fait le point sur le chancre suintant.

M. Philibert Guinier (1876-1962)
Peu après, une conférence de Ph Guinier au Comité des Forêts attire l'attention sur l'importance de ce problème.
Piccarolo et Régnier en étudiant, l'un, la Tavelure, l'autre, le chancre suintant, en arrivèrent au conclusions que certaines variétés de peupliers étaient très sensibles à ces maladies. Pour la Tavelure, Piccarolo fut obligé de procéder à une étude variétale pour éliminer les sujets à risque (Canadesi blanc - gris, Carolin blanc - gris). R. Régnier isola sur le même principe la forte sensibilité des "Régénérés". La détermination des peupliers commençait.
De 1942 à 1946, Ph Guinier et R. Régnier, suite aux travaux entrepris sur les maladies par G. Piccarolo et R. Régnier, firent une reconnaissance systématiques des régions françaises sur la diversité variétale des peupliers de nos régions pour en établir l'inventaire, et en 1947, G. Meunier (Manufacture des Tabacs) rassembla leurs constatations dans un ouvrage "Les Peupliers Français".
Les résultats obtenus, fort encourageants, il paru nécessaire de les élargir dans le cadre d'une coopération internationale. La création de la Commission Internationale du Peuplier, à l'instigation de Ph Guinier, R. Régnier et Houtzagers fut mis en place, en avril 1948 à Venise.
Il devenait nécessaire de se pencher sur les variétés et leur classification, mais une telle classification ne pouvait être basée que sur une connaissance approfondie des Peupliers spontanés qui leur ont donné naissance, et de leur écologie. Les peupliers spontanés européens (P. nigra) s'étant depuis le début du XVIII° siècle hybridés naturellement avec les importations successives de P. deltoïdes indigènes nord-américains, donnèrent naissance à ces peupliers hybrides que nous dénommons depuis "P. euramericana".
Hors jusqu'ici, les peupliers spontanés américains avaient été fort peu étudié. C'est ainsi que l'OECD, le 20 janvier 1950 décida l'envoi aux États-Unis d'une mission d'études.
En mai-juin 1950, cette mission, composée de MM. O. Borset (Norvège), A. Herbignat (Belgique), G. Houtzagers (Hollande), R. Rol (France), Dr Wettstein (Autriche) et S. Wijkstrom (Suède), parcouru l'est des États-Unis du 3 mai au 9 juin 1950. Ce fut l'occasion de lier des contacts avec Ralph Mac Kee et Scott J. Pauley. Cette mission permit plus tard à Ph Guinier de montrer les originalités et les types de peupliers, ainsi que leur identification, pour en arriver à une introduction dans la nomenclature botanique.
A l'occasion des tous premiers Congrès Régionaux du Peupliers en France, il insuffla à l'assistance les nouvelles indications et les marches à suivre pour accéder à une populiculture moderne.
Pour mémoire, nous reportons ci-dessous des extraits de sa "causerie" à l'occasion du Congrès Régional du Peuplier d'avril 1951, qui eut lieu dans la Marne, l'Aisne, l'Oise et la Somme:
Peupliers et Populiculture
Causerie par Ph Guinier
Les originalités des peupliers
Pour comprendre ce que sont les peupliers, et pourquoi il peut y avoir difficulté à les reconnaître et à les définir, deux faits, d'ordre botanique, qui leur confèrent une véritable originalité, sont à considérer : leur mode de floraison et leur mode de propagation.
Du point de vue de la floraison, les peupliers font exception parmi nos arbres. Qu'il s'agisse de chênes, de hêtres, de pins ou d'arbres fruitiers, il y a toujours sur un même arbre, soit rassemblés dans une même fleur, soit disposés côte à côte en des fleurs distinctes, ces deux catégories d'organes fondamentaux pour la formation de la graine et du fruit, étamines et carpelles. Chez les peupliers, les fleurs à étamines, mâles, et les fleurs à carpelles, femelles, sont portées par des pieds différents: on dit que les peupliers sont "dioïques", il y a des pieds mâles et des pieds femelles. On les reconnaît aisément. Dans les deux cas, les fleurs sont groupées le long d'un axe, en "chatons" pendants, qui se développent alors que l'arbre n'est pas encore feuillé. Les chatons mâles, de teintes rougeâtre, souples, se détachent et tombent dès que les fleurs sont flétries: on les voit alors gisant au pied des arbres et leur aspect n'est pas sans rappeler celui de chenilles mortes. Les chatons femelles, de couleur verte, plus rigides, persistent après floraison, tandis que se forment les fruits qui, à maturité, s'ouvrent et laissent échapper de nombreuses et minuscules graines entourées de longs poils blancs: c'est ce qu'on appelle le "coton". On pourrait dire, pour être compris de tous, qu'il y a des "peupliers à chenilles" et des "peupliers à coton".
Du point de vue du mode de propagation, les peupliers offrent aussi une originalité. Pour propager les arbres, on a normalement recours aux graines: on procède par semis. Les choses se passent ainsi chez les peupliers dans la nature. Mais les peupliers cultivés sont propagés uniquement par boutures: on met en terre des fragments de rameaux.
De la dioicité des peupliers dérive la facile formation d'hybrides. Parfois se trouvent, à proximité l'un de l'autre, un pied mâle et un pied femelle appartenant à des types différents. Sur une fleur femelle tombe du pollen entraîné par le vent: des graines se forment d'ou peut sortir un sujet hybride. Pareil cas s'observe fréquemment quand les conditions favorables au développement des jeunes peupliers sont réalisés. On trouve notamment de tels hybrides sur les bords de nos fleuves et rivières, sur des bancs de sable humides. Un exemple particulièrement curieux se présente, non loin d'ici, à Vitry-le-François; dans les ruines de la ville, dans les gravats provenant de la démolition des maisons incendiées, croissent de nombreux jeunes peupliers, issus de graines apportées par le vent. Aux environs sont cultivés des types de peupliers divers, les uns mâles, les autres femelles: il ne peut en naître que des hybrides. De tels faits se sont produits en maints endroits au cours des temps. Or, c'est une question bien connue des horticulteurs, les hybrides sont généralement remarquables par leur vigoureuse végétation. On comprend qu'un peuplier hybride, fortuitement apparu, ait pu être remarqué par un cultivateur, bon observateur, qui désireux de l'utiliser, l'a propagé par boutures. Ainsi ont apparu et se sont répandus la plupart des types de peupliers en présence desquels nous nous trouvons.
Dioicité et bouturage sont sont les deux faits fondamentaux pour la compréhension de la question des peupliers. De là découle une circonstance essentielle, qui sépare encore les peupliers des autres arbres cultivés pour la production du bois. Avec des arbres forestiers, issus de semences, on a affaire à un ensemble d'individus, pouvant avoir chacun ses particularités, à à ce que l'on appelle "une population". Il en est autrement d'un ensemble de peupliers de même type qui, tous de même sexe, dérivent du bouturage indéfini d'un seul pied: entre ces arbres, il n'y a pas de différences fondamentales, pas plus qu'il n'y a entre deux branches du même arbre résultant du développement de deux rameaux voisins, il s'agit en somme des fragments, rendus indépendants, d'un même individu. Ce n'est pas une "population", c'est ce qu'on est convenu d'appeler un "clone".
Les types de peuplier
Ces idées générales étant admises, on peut envisager avec méthode la question des caractères et de la nomenclature des peupliers.
Tout d'abord, il faut constater que dans le grand groupe des peupliers, dans le genre Peuplier (Populus) au sens botanique du terme, il y a des types très contrastants que l'on a rassemblés en trois catégories : les Peupliers blancs, les Peupliers baumiers et les Peupliers noirs.
On ne peut refuser une certaine importance économique aux Peupliers blancs, parmi lesquels figurent le Tremble, qui, - cas exceptionnel dans le genre -, est un arbre forestier, le Peuplier blanc, le Peuplier de Hollande, le Peuplier Grisard. L'intérêt des Peupliers baumiers est moindre et limité à certaines régions. Les peupliers, de types variés, qui sont largement cultivés, qui en fait, sont les "peupliers" au sens vulgaire du terme, appartiennent tous à la catégorie des Peupliers noirs.
Il existe deux espèces de Peupliers noirs, croissant à l'état sauvage, représentées par des pieds mâles et femelles et se reproduisant, dans la nature et en dehors de l'intervention humaine, par graines.
En Europe, c'est le Peuplier noir proprement dit (Populus nigra) que l'on voit notamment en abondance sur les bords de la Loire et de ses affluents comme l'Allier, dans le bassin du Rhône et celui de la Garonne. Il offre des formes assez diverses dont certaines sont parfois cultivées localement. Une variété, bien connue, le Peuplier d'Italie, a été introduite au XVIII° siècle.
En Amérique du Nord, sur les bords des grands cours d'eau, dans les mêmes conditions que notre Peuplier noir, croit un peuplier dénommé Populus deltoïdes. Mais dans l'aire étendue qu'il occupe avec des climats bien différents du sud au nord, ce peuplier offre de notables variations. Au XVII° et XVIII° siècle, en des points variés, sur des arbres probablement choisis au hasard, on a prélevé des boutures dont certaines importées en France et mises en terre, ont donné des sujets, qui, ultérieurement, ont été propagés par bouturage. Ainsi ont été installés des peupliers d'origine américaine, qui ne sont que des clones provenant de la multiplication d'un individu qui s'est trouvé être soit mâle, soit femelle. Tels sont, pour ne citer que les plus connus, le Peuplier dit "Peuplier de Caroline" qui est mâle, très apprécié dans la région à climat assez chaud du sud-ouest et le "Peuplier de Virginie", bien connu dans la vallée de la Marne, qui est femelle.
Dès le XVIII° siècle, et de plus en plus fréquemment dans la suite, des peupliers d'origine américaine se sont trouvés plantés au voisinage soit du Peuplier noir, spontané ou cultivé, soit du Peuplier d'Italie. Des hybrides ont apparu qui, parfois, on appelé l'attention des cultivateurs ou des pépiniéristes qui les ont multiplié; de proche en proche, ils se sont répandus et sont devenus communément cultivés, au moins dans certaines régions.
Ainsi dès la fin du XVIII° siècle, on connaissait le "Peuplier tardif" (P. serotina), jadis dénommé - on ne sait pourquoi -, "Peuplier suisse". A partir de 1814, un pépiniériste d'Arcueil remarque un hybride qui est ensuite propagé aux environs de Château-Thierry: c'est celui qui a été appelé "Peuplier régénéré". On connaît bien l'histoire, on pourrait dire l'état-civil, de ce peuplier dénommé "Populus Robusta" qui est maintenant si cultivé: il a germé en 1895 dans une pépinière de la banlieue de Metz et a été multiplié et propagé par le pépiniériste. Ce ne sont là que des exemples; il existe régionalement, des types de peupliers, des clones, dont la souche est un hybride apparu fortuitement et qu'on a jugé intéressant de propager.
Il peut en apparaître de nouveaux, et, mieux, on peut se proposer de les rechercher ou même d'en provoquer la formation. L'exemple nous est donné par l'Institut de Populiculture de Casale Monferrato, dans la vallée du Pô, ou, en partant de graines récoltées sur des arbres de divers types on a isolé des hybrides dont l'expérience a montré l'intérêt. On peut recourir aussi à l'hybridation artificielle, ainsi que le font, pour tant d'autres plantes, les horticulteurs; déjà on connaît des peupliers ayant cette origine.
Un phénomène peut contribuer encore à l'apparition de nouveaux type de peupliers: c'est la "mutation gemmaire". Sur un hybride, un bourgeon peut, à l'improviste, donner naissance à un rameau offrant des caractères particuliers et qui, par bouturage, peut-être à l'origine d'un clone nouveau. Le fait est bien connu des horticulteurs qui, parfois, assistent ainsi à l'apparition de formes nouvelles de roses, de chrysanthèmes ou d'arbres fruitiers et appellent ce phénomène un "sport".
On comprend ainsi qu'il puisse exister une multiplicité de types de peupliers, voisins les uns des autres et souvent assez difficiles à distinguer. On conçoit que des confusions se soient produites entre certains de ces peupliers, que des noms divers leur aient été donnés en des régions différentes et que, la fantaisie et aussi le goût de la réclame s'en mêlant, on soit arrivé à l'imbroglio qui régnait en la matière. La situation a évolué: on est maintenant en mesure de définir les types de peupliers et des décisions ont été prises pour leur imposer une dénomination logique et uniforme
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