Populiculture au Canada

Accueil - In English

Bref historique du Conseil du peuplier du Canada et de la culture du peuplier

Louis Zsuffa, Professeur émérite, Faculté de foresterie de l’Université de Toronto

 Le Conseil du peuplier du Canada fête son 25e anniversaire cette année. Il a été établi à l’assemblée annuelle du North American Poplar Council tenue dans l’Est de l’Ontario en 1977. Le North American Poplar Council constitue, depuis 1950, un comité de la CIP (Commission internationale du peuplier), qui est elle-même un organisme statutaire de la FAO, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

L’histoire du CPC est étroitement liée à celle de la culture du peuplier au Canada. En effet, il est difficile de présenter l’évolution du Conseil sans parler de la culture du peuplier, par laquelle tout a commencé.

 Bref historique de la culture du peuplier au Canada

Aux États-Unis autant qu’au Canada, on s’est intéressé, à différentes époques, à la plantation et à l’utilisation industrielle du peuplier hybride. Cet intérêt a d’abord été lié à E. Schreiner, aux peupliers hybrides du Arnold Arboretum, et à l’industrie du bois dans le nord-est des États-Unis (Oxford Paper). Toutefois, peupliers et saules étaient plantés et cultivés depuis des milliers d’années, au profit de l’humanité partout dans le monde.

Les peupliers et saules appartiennent à la même famille botanique, les Salicaceae. Le bois du peuplier et le bois du saule présentent des similitudes dans certaines caractéristiques essentielles.

Au Canada, la culture du peuplier et du saule jouit d’une longue histoire. Il est possible que les autochtones aient planté et utilisé ces arbres pendant des millénaires, comme l’indique la propagation de certains peupliers baumiers, notamment le peuplier de l’Ontario et le ‘Western Balm’, ainsi que de certains saules utilisés à des fins médicinales. Beaucoup plus tard, mais tout de même il y a plusieurs siècles, les blancs ont apporté avec eux, parmi les nombreux arbres et plantes qui leur étaient utiles en Europe, des peupliers et des saules. Le peuplier noir d’Italie (ou peuplier de Lombardie), le peuplier blanc, le saule pleureur doré, le saule fragile et le saule des vanniers en faisaient entre autres partie. Ces arbres et arbustes étaient plantés autour des nouvelles installations et fermes, où l’on appréciait leur utilité.

Un grand nombre des arbres introduits à partir de l’Europe appartenaient à un type unique et provenaient même d’un seul clone (la plupart des peupliers et saules se propagent au moyen des rameaux ou par les racines, sous forme de clones). Ce fut notamment le cas du peuplier noir d’Italie, du peuplier blanc et du saule fragile.

Le mouvement des arbres entraîné par les colons venus d’Europe s’est également produit dans l’autre direction : en retournant chez eux, les colons ramenaient beaucoup de plantes qu’ils trouvaient utiles dans le nouveau monde. C’est ainsi que des peupliers deltoïdes prélevés au Canada ont été plantés en France au 17e siècle. Ces arbres, en fleurissant, se sont hybridés spontanément avec le peuplier noir (Populus nigra), indigène en Europe. Beaucoup de semis hybrides ont bien poussé, pour former de beaux arbres. Les jardiniers ont sélectionné certains des meilleurs spécimens et les ont appelés « peupliers canadiens », parce que les graines dont ils provenaient avaient été recueillies sur des arbres mères ramenés du Canada. Un nouveau peuplier canadien, qui n’existait même pas au Canada, est donc apparu, et on l’a baptisé Populus canadensis. Ce peuplier hybride canadien a gagné en popularité dans beaucoup de pays européens et a servi de base à la très répandue culture du peuplier en Europe.

Certaines variétés de ces peupliers canadiens n’existaient pas au Canada jusqu’au début du 20e siècle, lorsque plusieurs clones ont été importés d’Europe et propagés sous différents noms. De ces importations, c’est la variété appelée « peuplier de Caroline » qui a eu le plus de succès. Elle a été plantée si abondamment en Ontario, au Québec et dans les États des Grands Lacs que les gens ont fini par croire qu’il s’agissait de l’un de nos peupliers indigènes. (Dans mon travail avec les peupliers, j’entends souvent des gens affirmer qu’ils ne veulent pas de peupliers exotiques, qu’ils veulent planter notre peuplier de Caroline!). Ce clone de peuplier hybride a été propagé par les pépinières commerciales ainsi que par les pépinières forestières du gouvernement. Depuis les années 1950, plus d’un demi million de plants (boutures racinées) sont vendus ou distribués chaque année en Ontario seulement, et on continue à le planter de nos jours. Naturellement, il n’y qu’une partie des arbres qui survivent. Ceux qui sont plantés sur des sites déficients et qui font l’objet de mauvaises conditions culturales succombent. Toutefois, suffisamment de spécimens du peuplier de Caroline ont survécu pour qu’il caractérise les paysages, fermes et bordures de routes de l’Ontario.

Comme en témoigne la popularité de la culture des peupliers, ces arbres sont très aimés au Canada. Dans la majeure partie de l’Europe et de l’Asie, on cultive le peuplier et le saule depuis les temps bibliques. Le nom latin (scientifique) du peuplier est Populus, qui signifie littéralement « le peuple ». Donc, le peuplier est « l’arbre du peuple ».

Les peupliers et les saules sont faciles à cultiver; un rameau enfoncé dans le sol fera un nouvel arbre en un rien de temps. De cette façon, en enracinant les boutures, il était facile, et il l’est toujours, de reproduire et de perpétuer les arbres choisis à cause de leur forme et d’autres qualités recherchées. C’est le cas notamment du peuplier noir d’Italie et du saule pleureur, qui, rapportés d’Asie il y a plusieurs milliers d’années, se sont répandus partout dans le monde grâce à la culture. Le « corps » de ces arbres vit donc depuis des milliers d’années! Nous savons que les peupliers et les saules ne vivent pas longtemps. Toutefois, ils possèdent une capacité extraordinaire de se régénérer et de repousser à partir de racines, de souches et de rameaux, et ils sont souvent indestructibles. En effet, ils vivent et repoussent pendant de nombreuses générations. C’est également le cas du tremble, qui se régénère à partir de drageons racinaires.

Dans certaines parties du monde qui manquent de bois, les peupliers sont très utiles. Pas autant au Canada, où les forestiers se préoccupent davantage des essences forestières traditionnelles, à haute valeur commerciale. Toutefois, il arrive que certaines industries s’intéressent au peuplier hybride pour les produits de spécialité, comme le papier, les panneaux de placage, les allumettes, les boîtes à fruits et les panneaux composites.

L’amélioration et la culture du peuplier a commencé en Ontario au milieu des années 1930 par suite d’un surcroît d’intérêt de la part de l’industrie. Toutefois, le facteur décisif fut la présence d’un enthousiaste du peuplier, le scientifique sélectionneur Carl Heimburger. Ses travaux de sélection et d’amélioration, qui ont jeté les bases de la culture du peuplier, ont mené à d’excellentes variétés à croissance rapide. Heimburger a représenté le Canada au sein du North American Poplar Council avant l’établissement du CPC.

Depuis les années 1970, la culture du peuplier hybride au Canada est concentrée en Ontario et au Québec, ainsi que dans certaines parties de la Colombie-Britannique. Toutefois, les plantations brise-vent des Prairies n’auraient pu exister sans les travaux d’amélioration du peuplier du Centre des brise-vent de l’ARAP dès l’année 1900. À la fin des années 1970, l’intérêt pour la culture et l’utilisation du peuplier dans l’ensemble du pays a mené à l’établissement du Conseil du peuplier du Canada.

 

Le Conseil du peuplier du Canada — Organisation et but

Le Conseil du peuplier du Canada est un groupe national d’entreprises et de membres à titre personnel qui se préoccupent de l’amélioration, de la récolte, de l’utilisation et du renouvellement des ressources en peuplier et en saule du Canada. Les membres du CPC proviennent de l’industrie, des universités, des établissements de recherche ainsi que des gouvernements fédéral et provinciaux, ou sont des propriétaires de boisés. Le terme « peuplier » qui figure dans le nom du CPC comprend tous les membres de la famille du peuplier et du saule.

Voici l’énoncé de mission du Conseil du peuplier du Canada :

Le Conseil du peuplier du Canada génère, recueille, tient et diffuse de l’information sur les ressources en peuplier du Canada et favorise la saine gestion et l’utilisation judicieuse de cette ressource dans l’intérêt de tous les Canadiens.

Objectifs du CPC : 1) faciliter l’établissement et l’échange d’information et de matériel sur le peuplier aux niveaux national et international; 2) organiser des réunions, ateliers, séminaires et séances techniques sur le peuplier à l’intention des propriétaires terriens, de l’industrie et d’autres utilisateurs, ainsi que des scientifiques et organismes gouvernementaux, et accroître les connaissances et la compréhension du grand public; 3) promouvoir la saine gestion et l’utilisation judicieuse des ressources en peuplier, y compris la reconnaissance de leur rôle environnemental ainsi que de leur capacité à restaurer les cours d’eau; 4) évaluer les connaissances actuelles sur le peuplier et définir, encourager et entreprendre la recherche nécessaire.

L’organisation du CPC : Le Conseil remplit ses objectifs par le biais de comités techniques et de discussions sur les rapports présentés à ses assemblées annuelles. Depuis 1991, le CPC publie un bulletin périodique. Des comités techniques se penchent sur les aspects suivants : économique, génétique, protection et utilisation. À l’occasion d’une séance de travail tenue chaque année au moment de l’assemblée annuelle, un comité de mise en candidature est formé afin d’examiner les postes de président, de secrétaire-trésorier et de présidents des comités techniques.

Le premier président élu du CPC a été Russell Johnson, gestionnaire des terres chez Domtar, et j’étais son adjoint. À cette époque, je travaillais pour le MRNO, à la station de recherche Maple. Russell Johnson et moi sommes les fondateurs du Conseil du peuplier du Canada et de ses comités. Je suis devenu président en 1979, année où le Conseil du peuplier a été constitué en société. Depuis la création du CPC, plusieurs personnes, qui ont toutes contribué remarquablement aux objectifs du CPC, ont occupé le poste de président. Le Secrétariat du CPC a déménagé de province en province selon le lieu de travail du président et le secrétaire-trésorier devait suivre.

L’objectif initial de la culture et de l’utilisation du peuplier s’est élargi pour inclure l’agroforesterie, la biomasse, la plantation et l’utilisation du tremble comme brise-vent, l’établissement, la gestion et l’utilisation.

Les comités techniques se sont penchés sur de nombreuses questions importantes, comme les retombées financières de la culture du peuplier, l’introduction et l’identification de nouvelles variétés clonales, l’identification de maladies et d’insectes nuisibles du peuplier, les qualités du bois et l’utilisation du bois de tremble et des variétés de peuplier baumier, les nouveaux clones, l’écologie forestière et la croissance des peuplements de tremble issus de rejets, la révolution courte et la mini-rotation du peuplier et du saule, l’aménagement des vieux taillis de peuplier et de saule, les problèmes causés par le chancre septorien, la culture du peuplier et du saule dans les sols inondés par des boues d’épuration, et beaucoup d’autres sujets.

 

-----

 

 

 

 

-----