Les incidences de la populiculture sur la flore sont un sujet
complexe qui ne peut pas se résumer aux simples affirmations telles
que "sous les peupliers, il n'y a plus de flore" ou "sous les
peupliers la flore est banalisée". En effet, en l'état des
connaissances, il faut considérer que l'impact du peuplier sur la
flore est fonction :
- des stations forestières considérées,
- de l'alternance milieu ouvert - milieu fermé,
- et de la réalisation ou non d'entretiens du sol.
Si ces facteurs définissent des situations très variées, il
est cependant possible de donner quelques éléments généraux sur
l'impact du peuplier sur la flore.
Le rôle des stations forestières
Les peupleraies se trouvent sur des stations forestières situées
principalement en zones alluviales, avec des caractéristiques
hydriques et chimiques bien différentes (dominante humide, fraîche,
sèche). De ce fait, les cortèges floristiques concernés peuvent
être bien différents d'une peupleraie à l'autre (espèces
mésohygrophiles à mésophiles. De plus, ces cortèges floristiques
sont constitués d'espèces plus ou moins communes, et ces espèces
sont plus ou moins sensibles à l'existence d'un couvert
ligneux.
Il faut donc rappeler que la qualité floristique des peupleraies
est étroitement liée à la qualité des stations forestières, et que
les potentialités floristiques définies par la station peuvent être
parfois remarquables, mais aussi souvent très communes.
Succession milieu ouvert, semi ouvert, et milieu fermé
Deux des particularités de la populiculture agissent de manière
significative sur la flore des peupleraies :
- la durée de rotation courte (de l'ordre de 18 à 22
ans),
- la plantation à faible densité (de 155 tiges/ha à 204
tiges/ha).
Ces deux caractéristiques des peupleraies induisent, sur un
pas de temps d'une vingtaine d'années, une succession de conditions
de milieu ouvert, de milieu semi-ouvert et de milieu fermé sur des
périodes courtes de 6 à 7 ans par période.
Ces variations d'exposition à la lumière peuvent provoquer des
évolutions de la flore, en passant d'espèces de lumière à des
espèces d'ombre. Ces évolutions interviennent alors soit au niveau
des espèces et de leur diversité, soit au niveau de leur
abondance/dominance, soit des deux.
Après exploitation des peupliers, le retour à un nouveau cycle
"espèces de lumière / espèces d'ombre" peut intervenir. Les
mégaphorbiaies (formation végétale de hautes herbes, souvent à
larges feuilles, se développant sur des sols humides et riches)
semblent être dans ce cas. Cependant, cette notion de réversibilité
floristique mériterait d'être confirmée pour les mégaphorbiaies, et
vérifiée sur d'autres types de stations.
Le rôle des entretiens du sol
Les entretiens du sol (type disquage) des peupleraies, quand cela
est nécessaire à la réalisation d'une production de qualité dans
des conditions de rentabilité satisfaisante, peuvent avoir sur la
flore des effets plus complexes que prévu.
En effet, il a été montré que les entretiens du sol avait un effet
positif en agissant sur la composition et la diversité des
communautés floristiques des peupleraies. De plus, comme
précédemment, cet effet dépendrait aussi de l'état du couvert,
c'est à dire de l'âge de la peupleraie. Ainsi, les entretiens du
sol favoriseraient la diversité spécifique en diminuant les effets
de compétition entre les espèces floristiques. Il est clair, dans
ce cas précis, qu'il s'agit principalement d'entretiens du sol
mécanique comme le disquage.
Enfin, outre ce rôle original des entretiens du sol sur les
communautés floristiques, il convient de rappeler que la
réalisation d'entretiens du sol est essentiellement guidée par la
nécessité physiologique de lutter contre la concurrence herbacée
pour les peupleraies situées sur des stations à risque de stress
hydrique, stations qui ne constituent qu'une partie faible de la
populiculture nationale.
Sur l'impact du peuplier sur la flore, il ressort finalement une
très grande diversité de situations quand sont pris en compte :
- la diversité des stations qui accueillent les peupliers, et
les caractéristiques des cortèges floristiques qui les
composent,
- l'existence de successions ouverture - fermeture du milieu
,
- le rôle des entretiens du sol, quand ils existent.
Ainsi nous pouvons considérer que la présence de peuplier,
dans la majorité des cas, ne porte pas de préjudice majeur à la
qualité de la flore des sites. Cependant, il existe des cas, bien
moins nombreux, où la flore combine à la fois une composition
spécifique remarquable et une forte sensibilité au couvert ligneux.
Dans ces quelques cas, il conviendrait de réaliser des choix
concertés et d'en assumer les conséquences, au bénéfice de tous,
par exemple dans le cadre d'une contractualisation ou d'une
incitation (type CTE : Contrat Territoriaux d'Exploitation).