
La Genèse du Peuplier ![]()
(P. Mertens)
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fossiles - English version
Évolution
du genre Populus
Les processus naturels et l'intervention de l'homme ont fait évoluer la répartition des espèces de peupliers dans le monde. Les lignes qui suivent traitent de leurs formes naturelles de dissémination.
La
genèse du Peuplier
Les plus anciennes feuilles de peuplier fossilisées ont été trouvées dans les couches géologiques datant de 60 millions d'années, appartenant à l'ère tertiaire du Paléocène. Il s'agit d'un P. mexicana appartenant à la section Abaso, endémique à la région tropicale d'Amérique du Nord, et aujourd'hui disparue. A la fin de l'Éocène, dans des couches géologiques datées de 43 millions d'années, des peupliers de la section Leucoides ont été découverts. Deux de ses représentants actuels sont P. lasiocarpa et P. heterophylla, des arbres de marécages.
Le stade initial de l'évolution des peupliers mis en valeur par la populiculture européenne et américaine, remonte à 32 millions d'années, pendant l'Oligocène. Les fossiles de cette ère appartiennent à un arbre précurseur des sections Aigeiros et Tacamahaca ou sont classés les bien connus P. nigra - P. deltoïdes et P. trichocarpa. Ils ont été identifiés dans des couches du Miocène âgées de 12 à 18 millions d'années. A cette même époque apparaissent également les fossiles des peupliers de la section "P", à savoir les P. alba - P. tremula et P. tremuloides.
La constitution récente, au niveau géologique, des sections Aigeiros et Tacamahaca au départ d'un espèce unique, se confirme par la compatibilité des croisements entre les espèces de ces sections. L'exemple type est fourni par le P.x interamericana croisement entre P. deltoïdes et P. trichocarpa, dont l'emploi en populiculture est fréquent dans les régions tempérées.
La dissémination des peuplements
spontanés
Les semences (coton) légères et nombreuses, sont portées soit par le vent, soit par un cours d'eau. Elles peuvent franchir de longues distances, parfois même plusieurs kilomètres, avant de se poser et de germer sur une berge ou un îlot émergeant lors de l'étiage. Les plantules issues de ces semences s'enracinent rapidement pour former un massif boisé qui résiste à la remontée annuelle des eaux et aux inondations. Cet espace boisé s'étend à l'étiage suivant par l'apport d'autres semences migrantes, par le drageonnement des racines ou par l'enracinement de branches tombées au sol.
Les phénomènes biologiques saisonniers de reproduction se sont adaptés aux variations du débit des cours d'eau de l'aire naturelle du peuplier. Cette relation est étudiée par la phénologie.
Lors de la descente du niveau de l'eau, d'avril à juin, les semences se dispersent. Après une germination rapide, entre juillet et octobre, le système radiculaire d'allonge en cherchant la nappe phréatique qui descend avec le niveau des eaux. Le cycle de reproduction recommence en mars-avril avec la pollinisation. Cette étape correspond à la crue des cours d'eau. Pendant la période de repos de la végétation, de novembre à mars, les bris de branches sont fréquents. Tombées au sol, celles-ci s'enracinent, entre février et avril, alors que le sol est encore fort humide en raison des hautes eaux.
Les différences entre P. deltoïdes et P. trichocarpa sont minimes. Néanmoins, la vitesse de croissance des radicelles des semis est plus élevée pour le P. trichocarpa. Cette caractéristique, associée à une période moins tardive de floraison et de dissémination de semences, est à mettre en relation avec l'exigence d'un substrat de germination plus humide pour les P. trichocarpa. Cette spécificité résulte d'une pression de sélection due aux facteurs environnementaux. Un sol acide à neutre convient bien à la germination des semis de P. trichocarpa. Par contre, les P. deltoïdes supportent plus facilement des sols faiblement alcalins.
Les régénérations spontanées en vallées forment des boisements mono spécifiques ou les arbres dominants étouffent progressivement les voisins dominés. Par cette concurrence, l'élimination naturelle des individus faibles au profit des plus performants, amène la formation d'écotypes adaptés aux conditions de leur environnement. Le facteur "chance" jouant en faveur de l'arbre dominant (micro-condition de sol, dégâts aux semis, etc.), l'apport continu de nouvelles semences d'origines multiples, et le court cycle de vie des peupliers dans ces conditions ripicoles, sont les trois éléments majeurs favorisant un enrichissement génétique de ces boisements spontanés. Il en résulte une diversité génétique élevée, et ce, malgré la sélection continue qui s'opère sur ces populations. Ces communautés populicoles sont ouvertes pour le peuplier mais peu perméables pour les autres essences, moins aptes à coloniser ces milieux instables. Les régénérations naturelles de peupliers sont donc des boisements monospécifiques et polyclonaux.
La rapide maturation des arbres de ces îlots de régénération naturelle multiplie les points de départ de nouvelles disséminations. Le cycle se répète alors en dispersant le pollen et les semences sur de grandes étendues. La répartition du P. deltoïdes sur plus de 3.000 km le long du Mississippi illustre cette migration. La distribution du P. nigra le long de la Loire et du Danube constitue pour sa part un exemple européen peu étudié.
Au printemps, le sol minéral frais, nécessaire à la germination des semences, se trouve à proximité des champs et dans les trouées forestières. Dans les régions humides au nord des États-Unis, les P. deltoïdes et P. trichocarpa colonisent ces espaces hors vallée. Dans ces situations, la pérennité des arbres isolés ou des petits bosquets de peupliers est réduite, en raison de la forte concurrence d'autres essences forestières pionnières, tels le bouleau ou l'aulne.
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