
Historique
de la boite à fromage ![]()
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Notice
biographique de M. Georges LEROY
(par M. VAUTORTE - ancien Maire de St Pierre S/Dives 1951-1959)
La vie de Georges LEROY peut-être citée en exemple: elle est celle d'un homme doté d'une intelligence remarquable et d'une tenace volonté, victime à ses débuts dans la vie de la pire vicissitude mais qui, grâce à ses brillantes qualités et aussi à son travail et à son activité, a réussi à se relever de si brillante façon qu'il a pris rang parmi les grands industriels de Normandie et même de France.

M. Georges LEROY
Il s'installe d'abord à Lisieux comme mécanicien, dans le bas de l'ancienne rue de Caen, à droite peu avant le tournant de cette rue pour atteindre le pont de la Touques, appelé en ce temps là le pont de Caen.
Malheureusement pour lui, il fait de mauvaises affaires et, pour payer ses dettes, il doit vendre tout ce qu'il possédait vendu aux enchères publiques par le Ministère du Commissaire Priseur de Lisieux, de ce temps Me CHOPPE, cousin de Me LOZIER, notaire à Lisieux. J'entends encore certaine personne bien connue de Lisieux dire de LEROY : "Il n'a pas un sou, il est insolvable, on ne lui ferait pas crédit d'un paquet de cigarettes de 10 sous"!
Voilà Georges LEROY sur le pavé. Il n'a plus qu'une ressource: gagner sa vie comme ouvrier n'importe ou, ou chez n'importe qui. Il trouve un emploi chez le père LEVEAU qui exploite une petite scierie rurale au Breuil, non loin de la fromagerie BLONDEL, à quelques kilomètres au Nord de Lisieux.
C'est la première grande chance que le destin lui offre: elle explique le pourquoi et le comment de toute sa vie.
M. Blondel est un client du père LEVEAU et au hasard des livraisons de bois, il a avec LEROY des entretiens au cours desquels il se plaint de voir souvent en période estivale ses envois de fromages de camembert souffrir de l'insuffisance de leurs emballages: "L'idéal serait qu'ils soient expédiés chacun dans une boite". Ce souhait ne tombait pas dans l'oreille d'un sourd, il était justifié pour le motif suivant: à cette époque tous les fromagers expédiaient leurs camembert de la façon suivante: chacun était enveloppé dans une mince feuille de papier blanc. On empilait cinq fromages l'un sur l'autre. Le tout était enveloppé dans une feuille de papier plus épais de couleur rouge sang de bœuf portant l'enseigne du fabriquant et son adresse. Ce paquet était muni en-dessus et en-dessous d'une plaque de bois peu épaisse taillée en forme d'hexagone. On conçoit aisément qu'un tel paquet n'était pas à l'abri d'un choc qui pouvait être très dommageable au cours des manutentions du transport.
Réfléchissant à la solution du problème, LEROY fit divers essais infructueux qui lui permirent tout de même de s'apercevoir que le bois le plus favorable au travail projeté était le peuplier, mais il fallait trouver le moyen de le débiter en longs rubans de deux largeurs différentes, l'un pour faire le dessus d'une boite de très mince épaisseur, l'autre moins large, mais de même minceur pour faire le pourtour de la boite. Il n'était pas possible d'assembler les pièces détachées par un collage, on ne pouvait utiliser que des agrafes métalliques.
LEROY voyait de suite que s'il pouvait réussir à inventer une machine pour "dérouler" le bois de peuplier, son invention serait du plus grand intérêt pour tous les fromagers du pays et d'un très grand profit pour lui.

Très actif et travailleur et très bien considéré, il avait entre temps épousé la fille de son patron, ce qui ne gâtait rien, bien au contraire, parce que maintenant il était plus libre de se livrer à ses recherches et de gagner lui-même sa vie dans des conditions plus favorables.
Avec ardeur, il poursuivi ses recherches et ses tentatives. Il finit enfin par réussir l'exécution de la machine indispensable. Le problème était maintenant résolu et le succès assuré.
Voilà comment la Fromagerie BLONDEL fut certainement la première à bénéficier de l'invention de G. LEROY.
LEROY projetait maintenant de tirer de son invention, tout le profit possible; la petite scierie du Breuil ne lui permettait pas. Il lui fallait disposer d'un bâtiment plus vaste et s'installer le plus près possible des grandes fromageries de la région. Il lui fallait aussi et surtout trouver un commanditaire en mesure de lui procurer le capital indispensable. Il trouve ainsi à Livarot, non loin de la gare du chemin de fer, un vaste bâtiment jadis utilisé par l'industrie, mais depuis longtemps inoccupé. Un technicien de l'électricité, M. RIDEL de Vimoutiers lui apporta les fonds indispensables. Un contrat d'association fut signé entre eux, dans lequel RIDEL apportait le capital (disons 50.000 francs), LEROY apportait ses connaissances techniques estimées d'égale valeur.
Les associés "serrés aux entournures" au départ ne jugent pas à propos d'assurer leur entreprise contre l'incendie. Ils eurent de la chance de n'être pas victime d'un incendie!
L'usine de Livarot fonctionne à plein rendement; les pièces de bois débitées aux mesures appropriées sont entassées dans de grandes harasses que des femmes munies de brouettes viennent chercher à l'usine. Il leur est délivré en même temps le fil métallique indispensable à l'agrafage, et une pince spéciale pour l'agrafage. Les femmes emportent le tout chez elles, et, font le travail à leur foyer tout en s'occupant de leurs enfants et de leur ménage.
Cette méthode pratiquée pendant de longues années assure la vitalité de l'entreprise qui prospère et s'agrandit.
LEROY conquiert la fortune, il peut maintenant se passer d'un associé devenu encombrant. Ainsi qu'il arrive presque toujours en pareil cas, l'association est rompue à l'avantage de LEROY, mais RIDEL n'éprouve pas que des satisfactions. De longues années plus tard, il finira sa carrière comme Chef du service électrique de la gare de Mézidon.
LEROY peut maintenant se permettre d'absorber la Société des Bois de Normandie, dont l'usine est installée à St Jacques de Lisieux, dans la vallée de Beuvilliers, auprès de l'usine textile Henri LANIEL, en face de la maison de Mme DEFOUGY.
LEROY vient de Livarot à Lisieux dans une calèche à roue rouges que je vois encore conduite par un cocher. Riche et puissant, il est salué bien bas par les Lexoviens.
En disant "Établissements" le terme est justifié car, à Lisieux, dans une dépendance de l'ancienne usine textile LONGEON, en bordure de la rivière Touques, il a, entre temps, installé une petite usine dont je vois encore l'enseigne peinte en lettres noires sur un long panneau de bois peint en blanc: "Établissements G. LEROY - Fabrique de bondes en bois et de talons Louis XV".
La Revue Illustrée du Calvados" éditée à l'époque par l'Imprimerie E. MORIERE (journal Le Lexovien) publia un long article illustré sur ce genre de fabrications, revue dont l'exemplaire est sans doute conservé dans les archives du journal.
Mais cette fabrication ne fut pour LEROY que d'un intérêt très secondaire et momentané. Le gros atout demeurait la fabrication des boites à fromage camembert et des caisses d'emballage pour les contenir.
A la veille de la guerre de 1914-1918, en 1912, il réussit à fabriquer pour la première fois en France du contreplaqué.
Puis il joint à son entreprise en pleine activité, l'importation de bois coloniaux, mais il doit renoncer à cette affaire qui lui réserve des mécomptes. Il a aussi le grand chagrin de perdre son fils unique à peine parvenu à l'âge d'homme.
En 1925, un industriel belge, Monsieur Aimé MEESE, installé à Azay le Rideau, s'intéresse à l'entreprise de G. LEROY, et va continuer puissamment à l'extension de l'affaire dont la raison sociale demeure la même: "Établissements G. LEROY".
En 1928, ces établissements s'installent à St Pierre S/Dives. Ils ont en effet absorbés l'entreprise JAILLARD (oncle de Mme Robert MARIE) installée rue de la Dives dans les locaux devenus aujourd'hui propriété de la ville, cour en arrière de l'ancien groupe scolaire et dépendances. Cette scierie s'appelait "Scierie du Tremblay", elle ne débitait que des grumes en planches, plateaux et emballages.
Les Ets LEROY ne s'installent pas rue de la Dives. Pour les besoins de leur réserve, il leur faut disposer d'un terrain beaucoup plus vaste. Sans quitter le territoire de St Pierre, ils installent leur usine sur le territoire de l'ancienne commune de Donville rattachée à celle de St Pierre, de l'autre côté de la gare de chemin de fer. Le territoire est contigu à celui de la voie ferrée, ce qui permet de raccorder l'usine à la voie ferrée. La Direction avait bien auguré de l'avenir car, désormais, la Société va se doter de plusieurs autres usines, à Vitry le François, au Maroc, à Epernay.
Si la guerre de 1939-1945 eut, dans une certaine mesure pour conséquence de ne pas favoriser le développement de l'entreprise, elle allait, chose surprenante, contribuer puissamment à l'accroissement de sa capacité de production. Cette affirmation mérite explication. Au cours de cette guerre, des Ingénieurs des Ets LEROY, devenus prisonniers, avaient eu largement le temps de méditer sur les possibilités d'accroître la capacité de production de l'usine au moyen de machines, qui feraient dans l'usine même le travail que des femmes faisaient jusqu'à lors au foyer. Ce ne fut qu'après plusieurs tentatives infructueuses que ces nouvelles machines purent enfin être mises au point et augmenter très sensiblement la production journalière.
L'établissement d'Azay le Rideau était devenu le grand bureau d'étude de l'entreprise. C'est cet établissement qui mettra au point le projet de fabrication du "NOVOPAN" panneau de bois aggloméré. L'origine du projet est assez curieuse pour mériter d'être rappelée: dans le déroulement du bois de peuplier pour constituer des boites à fromage, il y avait inévitablement beaucoup de déchets. L'usine les abandonnait gratuitement à quiconque en voulait, et se munissait d'un moyen de transport. Malgré ces dispositions favorables, il arrivait souvent que le stock de déchets n'était pas épuisé. L'usine transportait tout le reste dans une carrière abandonnée à Carel, non loin de la voie ferrée. On le détruisait par le feu. Il arrivait parfois que ce feu était trop activé par le vent, si dangereusement même, qu'il était indispensable de recourir aux bons offices des pompiers pour la sécurité du voisinage.
Ce temps est révolu. Utilisant un brevet suisse, l'usine ne perd plus rien. Tous les déchets sont transformés en panneaux de bois aggloméré Novopan. Très curieuse et intéressante est la fabrication de ces panneaux dans le détail de laquelle il n'est pas possible d'entrer ici. La fabrication a commencé en 1957 à St Pierre S/Dives.
Octobre 1974