Par leur consommation
d'eau excessive, les peupleraies assècheraient les
sols…
La peupleraie entretenue est un peuplement à deux strates : un
étage d'arbres à grand écartement, en situation quasi
non-concurrentielle (du type arbres isolés) et une strate basse
herbacée (épisodiquement absente ou broyée).
Contrairement au sous-étage des forêts naturelles plus stratifiées
et fermées, la strate basse des peupleraies est plus exposée au
soleil et au vent ce qui amplifie sa contribution à
l'évapotranspiration du peuplement.
L'évapotranspiration réelle (ETR) d'une peupleraie est donc la
somme de l'ETR des deux strates, arborescente et herbacée. Cette
ETR dépend de l'énergie radiative, du pouvoir évaporant de
l'atmosphère, de l'état de la réserve hydrique du sol, enfin de la
prospection racinaire et du comportement transpiratoire de la
strate considérée.
Pour l'étage arborescent, elle dépend beaucoup de la demande
climatique ou évapotranspiration potentielle ETP), variable
calculée par les climatologues quotidiennement et exprimée en
millimètres d'eau.
La régulation de la transpiration chez le peuplier, qui déterminera
l'évapotranspiration réelle n'est pas fondamentalement différente
de celle des essences mésohygrophiles (préférant un milieu humide)
de la ripisylve (aulnes, frênes) avec qui il partage une
consommation en eau élevée.
Cette consommation accrue s'explique par leur forte densité de
stomates (présents sur les deux faces des feuilles, alors que les
feuillus sociaux « à bois dur » comme le chêne et le hêtre n'en ont
que sur la face inférieure) et surtout par la mauvaise régulation
de la transpiration par ces stomates (études de G. Aussenac et M.
Levy, INRA-Nancy).
Autrement dit, ces espèces sont adaptées à des milieux où la
ressource en eau est peu limitante et ont une « consommation
hydrique de luxe » par rapport à leur production de matière sèche
(30 à 50 litres par kg de matière sèche élaborée, contre une
vingtaine chez les feuillus sociaux et moins de 10 pour les
résineux), ce qui les rend d'ailleurs inadaptées - avec des nuances
selon les espèces et les cultivars - aux milieux « secs ».
Il n'est donc pas justifié, de ce point de vue, d'opposer les
peupliers aux essences des forêts alluviales, d'autant que la
profondeur du sol prospectée par les racines, à l'âge adulte, n'est
pas non plus significativement différente.
En revanche, si l'on considère le peuplement, la surface (en fait
l'indice) foliaire de la strate arborescente des peupleraies est
inférieure à celle des forêts alluviales spontanées, et la
consommation en eau puisée dans le sol aussi. Quant à la strate
basse, son évapotranspiration est évidemment moindre que celle
d'une surface arborée équivalente, en raison de son plus faible
enracinement, de son indice foliaire moindre, de sa
phénologie… et du girobroyage éventuel. À plus forte raison
quand le sol est nu à la suite d'entretiens par une charrue à
disques.
En somme, l'évapotranspiration réelle d'une peupleraie de
stations humides est inférieure à celle d'une forêt alluviale, et
celle d'une peupleraie sur une station bien drainée de plateau
resterait encore équivalente, voire inférieure à celle d'une
chênaie.