
La
Génétique et les Peupliers ![]()
Documents divers - Amélioration
génétique
(P. Mertens - Le Peuplier en Wallonie)
Le mode de survie au travers des ères géologiques a fait évoluer les arbres du genre Populus dans le sens de la diversification génétique.
La spéficité du système de reproduction sexuée du peuplier a contribué à l'élargissement de sa diversité génétique. Elle se caractérise par trois propriétés essentielles:
- les arbres sont dioiques, ce qui signifie que la fleur est soit mâle, soit femelle, et qu'elle se rencontre sur des individus différents. Souvent, de larges distances ou des barrières physiques peuvent séparer les arbres de sexe différent. De nombreuses études indiquent une fréquence plus élevée d'arbres mâles sur les sols moins humides et chimiquement moins riches.
- le vent, est le principal agent transporteur du pollen. Celui-ci est produit en quantité élevée, ce qui permet de compenser les pertes dues à l'irrégularité de la circulation éolienne.
- le génome, de toutes les espèces du genre Populus est composé de 38 chromosomes. Cette condition est nécessaire pour assurer un potentiel élevé de recombinaisons entre espèces.
Ces propriétés sont bénéfiques pour multiplier les croisements naturels entre individus différents, même fort éloignés. La pollinisation croisée entre espèces "compatibles" se trouve favorisée par la répartition des arbres mâles et femelles, et par la dispersion du pollen. Par contre, le transport pollinique par les insectes, abondamment utilisé par les saules, est local et spécialisé. Cette dépendance réduit les distances de transport et, par là même, les possibilités d'échanges génétiques entre populations.
La diversité génétique à l'intérieur des populations spontanées de peupliers est plus ample que celle observée entre ces mêmes populations. Cette caractéristique est commune aux essences à large aire de répartition. L'étude de la composition génétique des régénérations naturelles de P. deltoides dans la vallée du Mississippi, en Amérique du Nord, révèle l'existence de nombreuses populations qui se sont adaptées aux variations géographiques par le processus de sélection naturelle. Quelques exemples suivent:
- La différenciation géographique la plus connue se manifeste par une adaptation de la saison de végétation en fonction du photopériodisme. La période du débourrement et l'entrée en dormance des bourgeons changent selon la latitude des populations comparées.
- La concentration élevée en ozone de certaines régions boréales a rendu les populations de P. tremuloides moins sensibles à la forte concentration dans l'atmosphère de ce gaz oxydant.
- Les carences ou les excédents d'eau ont également induit des adaptations physiologiques. Une orientation plus verticale des feuilles et une meilleure régulation de la transpiration par des adaptations morphologiques au niveau des stomates, sont constatées dans les populations de P. deltoides soumises à une déshydratation estivale prolongée. En comparaison, les P. trichocarpa ont peu évolué en ce sens.
Dans les croisements entre P. deltoides et P. trichocarpa, c'est donc le premier parent qui donnera la résistance aux variations de la teneur en eau du sol.
Ces exemples de variations génétiques d'origine géographique illustrent la potentialité des ressources disponibles pour sélectionner les géniteurs des programmes d'hybridation.
Extrait du livre "Le Peuplier en Wallonie et dans les régions voisines".
(avec l'aimable autorisation de M. P. Mertens)
