Les Peupliers de France



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Le Grenelle de l'environnement et les arbres
Qui se moque de qui ?

(Opinion de J-Louis MARTRES, Président de l'Union Nationale de la Forêt Cultivée)

(Article paru dans "Le Bois International du 20 octobre 2007)

Etrange "Grenelle" ! qui a donné la parole à 2 ou 3 forestiers, alors que la forêt occupe 25% de notre territoire. Un écran de fumée ?

"Faut-il laisser mourir les gens de faim ou les empoisonner - à long terme - avec des OGM ? Faut-il risquer l'explosion atomique d'une centrale ou s'éclairer à la bougie ? Faut-il s'abandonner au plaisir ou s'éteindre lentement dans l'ennui et l'abstinence ?

La vie rurale, saine, vivifiante, limitée aux joies simples des aurores et des crépuscules, doit s'imposer comme modèle à tous ceux qui vivent dans le ciment des villes. Laissons aux paysans incultes le dur travail, organisons la baisse du prix de leurs produits, augmentons leurs 70 heures de travail hebdomadaire, privons-les de vacances et allons visiter leurs pittoresques efforts pendant les périodes touristiques. Peu à peu, il cèderont aux lumières de la ville et, enfin, l'espace libéré reviendra à la nature. Alors les citadins à la petite vitesse de leurs grosses automobiles iront contempler la jungle froide de la nouvelle Europe. Le paradis écologiste avance, la planète sera sauvée !

Petit problème: était-elle vraiment en danger? Depuis que la terre existe, le climat a toujours changé (Il y a 410 millions d'années, au Devonien le CO2 était 5 à 15 fois plus important - Il y a 65 millions d'années, 4 à 10 fois plus important, etc...), mais personne ne peut établir avec précision la mesure de l'impact de l'activité humaine sur ce phénomène. Les climatologues l'affirment pourtant dans leur immense majorité et le ministre de l'Environnement a contemplé de visu la fonte de l'Artique. N'est-ce pas une preuve ?

Pappers a dit qu'un seul cygne noir empêchait d'affirmer que tous les cygnes étaient blancs. Et les cygnes noirs se multiplient: Allègre, Kervasdoué, Lomborg et des centaines d'autres, aussi diplomés et savants que les prophètes de l'Apocalypse, tentent de désarticuler l'idéologie dominante.

Nous l'avons déjà dit et ceci depuis 1989 - sans succès - car la raison ne peut rien contre la foi. D'excellents raisonnements ont attaqué le marxisme dont la perte est seule redevable à l'effondrement du mur de Berlin.

Sans doute est-il vain de s'irriter devant un phénomène qui redonne à une opinion, crédule, le goût de la pauvreté, de la répentance, du tri des déchets, et finit de la convaincre de rompre avec le Satan de la modernité.

Il est aussi de bonne guerre pour le pouvoir d'intégrer les puissantes multinationales écologistes, dans le jeu politique et de chercher un compromis en reprenant quelques-unes de leurs idées spartiates qui, si elles gênent un peu la population, renforceront la stabilité des équipes dirigeantes.

Il est pourtant possible de s'interroger  sur cet étrange Grenelle. Autant il était nécessaire de faire débattre les représentants du travail et ceux de l'entreprise, autant il est bizarre de tenter de reproduire le même dialogue avec des groupes dont la légimité n'est pas établie. Car leur omniprésence ne va pas sans ambiguité; non élus, non représentatifs, quant ils constituent un parti vert, ils tirent leur puissance d'une alchimie curieuse. Comme ils annoncent des catastrophes, ils séduisent les médias qui ne s'intéressent pas à la normalité, mais à l'exceptionnel. Faisant évènement des drames à venir, ils apportent le sensationnel que les trains arrivant à l'heure ne sont pas en mesure de fournir. Il n'en faut pas plus pour leur conférer le statut de stars de la TV et des magazines. Dès ce moment, auréolés de la lumière sainte des médias, forts des millions récoltés auprès des pénitents adeptes, ils traitent d'égal à égal avec le pouvoir. La passion l'emporte et les gouvernants s'empressent de soigner des maux éventuels. Ceux qui excellent à faire croire sans avoir besoin de savoir, dictent le politiquement correct. Peu importe que les nitrates soient sans effet sur les hommes, même s'ils abîment les eaux , les voilà devenus ennemis mortels de notre espèce, peu importe que les statistiques soient fausses ou détournées de leur sens, la démonstration n'est pas requise puisqu'il suffit de construire - avec des chiffres - des épouvantails de paille.

Quid de la forêt dans tout cela, quid de ses créateurs et gestionnaires ? Ils sont trop réels. Personne n'en a besoin ou alors à dose homéapathique ou à titre symbolique, afin de servir d'alibi dans un monde virtuel.

Combien sommes-nous de forestiers dans ce drôle de Grenelle, deux, peut-être trois, alors que la forêt occupe plus de 25 % du territoire français, 44 % en Aquitaine par exemple. Mais de quel environnement s'agit-il ? celui du P.A.F. ?

Rappelons que nous sommes les seuls à travailler sur le terrain depuis des générations, que nous le connaissons mieux que les citadins, que la forêt est la seule capable, avec innocuité, de répondre aux demandes et aux inquiétudes de l'opinion: c'est du pétrole qui repousse, c'est une usine naturelle de dépollution, un régulateur et un épurateur des eaux, une source d'énergie, un paysage perpétuel et changeant. Nous nous contentons, simplement, de protéger l'environnement depuis déjà des siècles. Silencieusement. Mais qui s'intéresse aujourd'hui à l'homme qui plante des arbres . A son rôle fondamental dans le développement durable ?

La fondation de Nicolas Hulot vient de lancer une opération qui s'appelle "dessine-moi un arbre et participe au défi pour la terre".

Tout est dit ! Il suffit de dessiner des arbres... nous n'y avions pas pensé ! "