Dvina - Lena - Neva

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(A.Valadon - V.Breton)

L'Institut de Populiculture de Casale Monferrato en Italie vient d'obtenir au cours des derniers mois l'homologation en Italie de trois nouveaux cultivars de peupliers. Il s'agit de deux Populus deltoïdes de sexe male, LENA et DVINA, et d'un hybride euraméricain de sexe femelle, NEVA. Ces cultivars, qui bénéficient actuellement d'une protection commerciale en Italie, sont désormais diffusables sur le marché européen et peuvent intéresser les pépiniéristes et populiculteurs français.

Ces trois cultivars ont été évalués en pépinière et en laboratoire par le Cemagref et l'Inra Nancy afin d'apprécier leur comportement vis-à-vis des principaux parasites foliaires (Marssonina brunnea, rouilles à Melampsora), leur aptitude au bouturage et leur croissance juvénile. Leur comportement au champ sera également abordé grâce aux résultats obtenus dans le réseau de plantations comparatives du Cemagref, dont les plus anciennes comptent aujourd'hui 9 saisons de végétation.

Le matériel végétal

  DVINA LENA NEVA
Espèce P. deltoïdes Bartr. P. deltoïdes Bartr. P. x. euramericana (Dode) Guinier
Mère P. deltoïdes Kansas P. deltoïdes Illinois P. deltoïdes 55-071 Illinois x ?
Père Pollinisation libre à Casale Pollinisation libre en Illinois P. nigra Lucca
Sexe Male Male Femelle

PHÉNOLOGIE

En pépinière, les plants de LENA et DVINA débourrent plus tardivement que ceux de I 214, avec un retard pouvant aller jusqu'à 20 jours. Cet écart est moindre pour NEVA dont le débourrement est voisin de celui de Dorskamp ou Beaupré. Lors de la défeuillaison, le comportement de ces 3 cultivars est très voisin de celui de I 214. Leur durée moyenne de saison de végétation parait donc légèrement inférieure à celle de ce dernier.

Ces clones n'en demeurent pas moins du matériel méridional, LENA et surtout DVINA pouvant mème subir des dégâts importants sur pousse terminale en pépinière et sur feuilles en plantation (gelées tardives d'Avril 1994). NEVA semblait alors nettement moins touché.

 
Chaton de Dvina - 18 mars et 26 mars

COMPORTEMENT SANITAIRE

Nous insisterons principalement sur les parasites foliaires les plus menaçants pour la populiculture nationale, Marssonina brunnea, Melampsora larici-populina, Melampsora allii-populina. Des tests de sensibilité au chancre bactérien Xanthomonas populi sont en outre prévus à partir de 1998, en collaboration avec l'INRA d'Angers.

L'absence de fortes attaques de Marssonina brunea durant ces dernières années ne doit pas faire oublier les risques potentiels non négligeables d'infection sur LENA et NEVA en cas de pressions élevées de ce parasite. Si le comportement de LENA face face aux races connues de M. larici-populina peut-être considéré comme satisfaisant, il n'en est pas de mème pour NEVA dont le niveau d'infection atteint souvent celui de Robusta. DVINA occupe une position intermédiaire entre LENA et NEVA. En ce qui concerne M. allii-populina, NEVA apparaît là encore assez sensible ; les infections sur LENA peuvent être très élevées et comparables à celles de Hunnegen alors que DVINA est très peu touché.

Si la réaction actuelle de ces trois clones vis-à-vis des rouilles (absence d'immunité totale) peut laisser espérer une stabilité de comportement dans le futur face à d'éventuelles nouvelles virulences, on doit cependant insister dès à présent sur le risque sanitaire élevé que présente NEVA, mème sous forme de petites plantations 'diluées' dans des massifs plus importants composés d'autres clones. Ses sensibilités conjuguées à la tavelure (déjà observée en Garonne), à Marssonina brunea et aux rouilles doivent inciter les populiculteurs à la plus grande prudence. L'obtenteur italien (ISP Casale Monferrato) déconseille d'ailleurs très clairement la plantation de NEVA sur de grandes surfaces ainsi qu'en zones fortement populicoles dans lesquelles la multiplication des innoculums de rouille est aisée.

Les travaux des collègues italiens montrent en outre que NEVA possède un niveau de résistance à Discosporium populeum (Dothichiza) très supérieur à celui de Luiza Avanzo à la suite d'infection par les rouilles. Mais de manière plus générale, la sensibilité de ces nouvelles obtentions aux parasites de faiblesse (Discosporium, Cytospora) reste mal connue.

Signalons enfin un niveau de résistance présenté en Italie comme élevé aux attaques de pucerons lanigère, dont des dégâts ont été signalés ces dernières années dans le Sud-Ouest de la France.


Méplats très accentué sur 2 faces sur LENA de 6 ans

CROISSANCE EN CIRCONFÉRENCE

NEVA : les performances en circonférence de NEVA ne diffèrent jamais significativement de celles de I 214 quels que soient l'age des dispositifs étudiés et les types de milieux représentés. On observe par contre un écart pouvant atteindre 10 % à l'avantage de Luisa Avanzo en l'absence d'attaques de M. larici-populina (race E3) sur ce dernier ; en revanche sur les sites ayant subi de fortes attaques de rouilles, cette tendance peut être inversée au profit de NEVA.

De plus, on note une supériorité toujours significative de Dorskamp sur NEVA aussi bien sur des stations à fortes potentialités avec suivi sylvicole très intensif (discages répétés sur plusieurs années) que sur terrains argileux et suivi cultural réduit. Cette supériorité peut se manifester dès l'age de 4-5 ans et peut s'aggraver notamment suite à des chutes sensibles d'accroissement en circonférence chez NEVA non suivies de reprise forte. De tels accidents de croissance, en partie imputables à des attaques de rouilles, sont comparables par leur ampleur à ceux observés à plusieurs reprises sur Luisa Avanzo.

L'accroissement annuel moyen en circonférence passe par un maximum généralement avant la septième saison de végétation avant de décroître parfois sensiblement. Compte-tenu des risques d'attaques parasitaires déjà mentionnés, il apparaît préférable de garantir une croissance initiale aussi élevée que possible et ce dès la plantation afin de tirer profit au maximum d'un rythme d'accroissement juvénile fort. Une forte réaction de NEVA à l'intensification des interventions culturales constituerait un atout certain.

DVINA et LENA : les résultats actuellement disponibles, moins nombreux et correspondant à des plantations âgées au plus de 6 ans, montrent en zone méridionale une légère supériorité, à confirmer, de DVINA et de LENA en populiculture intensive et sur terrains à texture équilibrée et à fortes potentialités. La croissance de DVINA est alors égale ou supérieure à celle de I 214. De plus, dans les tests incluant à la fois DVINA et Alcinde, ces deux variétés ont alors des performances juvéniles très similaires.

Sur sols plus lourds mais bien alimentés en eau, les performances sont inférieures de près de 30 % à celles mentionnées précédemment. Elles restent cependant identiques à celles de I 214 ou Alcinde.

RECTITUDE DES TRONCS / ARCHITECTURE DES HOUPPIERS  

Ces trois cultivars ne présentent aucun défaut de forme de tronc. Si l'obtenteur signale une légère flexuosité de LENA, celle-ci n'est en rien comparable à celle de Dorskamp ou Blanc de Poitou - qui rappelons le n'empêchent pas leur emploi en déroulage - et n'affecte pas la qualité de la bille de pied. La rectitude de NEVA est remarquable. S'il est encore trop tôt pour évaluer en France la sensibilité au vent de ces variétés, DVINA est considéré en Italie comme le plus résistant des trois.

La forte croissance initiale de DVINA et de LENA se traduit naturellement par un développement rapide du diamètre des branches. On retrouve là un caractère fréquent chez Populus deltoïdes. Un élagage précoce est donc vivement conseillé, une bonne dominance apicale réduisant l'effort de taille. Par l'architecture de leurs houppiers, la nature et l'intensité des interventions de taille et d'élagage, ces deux clones présentent de grandes similitudes avec Alcinde. Ils constituent à ce titre un très net progrès par rapport à Lux.

La branchaison de NEVA ressemble beaucoup plus à celle d'hybrides euraméricains comme Luiza Avanzo mais avec un nombre total de branches inférieur. En raison d'une très forte dominance apicale, les tailles de formation s'avèrent nécessaires principalement suite à des bris de cimes accidentels.

QUALITÉ DU BOIS

Les plantations existant en France sont encore trop jeunes pour fournir des informations sur la qualité du bois de ces trois cultivars. Nous ne mentionnerons donc ici que des résultats italiens. Parmi ces clones plus denses que I 214 et au retrait tangentiel plus fort que ce dernier, LENA présente un taux d'aubier particulièrement élevé.

Caractèristiques Dvina Lena Neva I 214
Masse volumétrique à 12 % HR 5g/cm3) 0.385 0.389 0.396 0.318
Retrait tangentiel total % 8.3 8.5 7.9 5.4
Retrait radial total % 2.9 3 2.9 2.7
Taux d'écorce % 12.9 13 10 13

Des compléments d'information seront nécessaires notamment sur la couleur et la qualité de surface des feuilles de déroulage, sans oublier la stabilité des propriétés mécaniques sur des terrains aux caractéristiques pédologiques variées.

CONCLUSION

Une fois encore, nouveauté n'est pas synonyme de variété miracle. On peut raisonnablement s'interroger sur la place a accorder à NEVA dans le contexte populicole national, surtout en raison de son comportement sanitaire qui en fait un clone à risque. Les restrictions d'emploi en plantation clairement affirmées par l'obtenteur lui-mème invitent d'ailleurs à la plus grande prudence. Ce cultivar ne saurait faire l'objet de plantations en massifs importants mème sur sites alluviaux ne présentant aucun facteur limitant. Son principal mérite est d'élargir le choix du reboiseur en hybrides euraméricains à forte croissance juvénile en scénario sylvicole intensif.

En revanche, DVINA et LENA offrent aux populiculteurs de la moitié Sud de la France une possibilité intéressante de diversification en matériel de type deltoïdes, notamment grâce à une combinaison vigueur-forme qu'on ne trouve que très rarement parmi les cultivars de ce type disponibles, à l'exception de Alcinde. Si leur comportement sanitaire ne semble pas présenter aujourd'hui de risque majeur en zone méridionale, leur domaine d'utilisation optimale reste a préciser : il serait raisonnable d'en limiter actuellement l'emploi aux stations bénéficiant d'une bonne alimentation en eau et aux reboiseurs pratiquant des entretiens fréquents les premières années.

Rappelons également le soin tout particulier a apporter au conditionnement des plants dès leur sortie de pépinière, afin d'éviter de graves problèmes de reprise. La nécessité d'un suivi en élagage limite également l'usage de ces cultivars aux populiculteurs avertis. L'éventuelle mise en évidence d'un bon niveau de résistance au chancre bactérien  permettrait d'envisager au Nord de la Loire l'extension des tests agronomiques sur DVINA et LENA.

La poursuite de l'évaluation agronomique de ces trois clones est bien entendu nécessaire : elle est d'ailleurs en cours.

26/12/07