La
décision technique de coupe
dans les peupleraies

(Document extrait de la valise pédagogique Peuplier - F.V.F.E. 1996)
Utiliser le temps au mieux pour une production maximum
La décision du moment de réaliser la coupe d'une peupleraie peut-être liée à différentes considérations:
L'obtention d'un certain volume
par arbre en un temps minimum sans se soucier du gain de croissance possible.
Cette décision économique est guidée par une possibilité d'écoulement
facilitée quand on est sûr de pouvoir produire vite.
La casse ou le dépérissement
(abaissement brutal de la nappe, parasitisme,...). C'est la décision de coupe
du désespoir, souvent peu payante.
Enfin, et c'est la
considération du bon sens de l'épargnant, lorsque le développement de la
peupleraie amorce une chute : c'est la décision
technique de coupe qui intègre la notion de production maximum en un
temps minimum.
Si on persiste dans l'attente, on se trouve en face d'un capital qui voit son taux de placement se réduire d'année en année en augmentant les risques d'adversités (climatiques, parasites,...).
Comment situer le seuil de régression du développement
La croissance en volume d'un arbre est directement liée à son accroissement sur la surface terrière. La surface terrière est la surface de la section de l'arbre à 1,30 m du sol. Cette mesure est objective: elle se contrôle aisément avec précision.
Le seuil de régression en production bois apparaît alors quand on peut mesurer la diminution de l'accroissement moyen annuel sur la surface terrière (AMAg). Ce chiffre s'obtient d'après les mesures effectuées sur l'échantillon de tiges contrôlé en circonférence. Il est ramené à l'arbre moyen de cet échantillon.
Quand placer le contrôle de la régression en surface terrière dans le cours
de la vie de la peupleraie
Ce contrôle intervient quand on observe, à une année donnée, une diminution (si faible soit-elle) de l'accroissement moyen annuel sur la circonférence (AMAC) qui peut être liée à une chute brutale (sur un an) ou progressive (sur 2 à 5 ans) de l'accroissement courant annuel (ACAC).
Exemple de chute brutale
| ACAC | AMAC | |
| à 12 ans | 10,0 | 8,0 |
| à 13 ans | 5,0 | 7,8 |
Exemple de chute progressive
| ACAC | AMAC | |
| à 12 ans | 10,0 | 8,0 |
| à 13 ans | 8,5 | 8,0 |
| à 14 ans | 8,0 | 8,0 |
| à 15 ans | 7,0 | 7,9 |
| à 16 ans | 6,6 | 7,8 |
Comment gérer cette régression ?
Par la notation des calculs de surface terrière qu'on obtient à partir des circonférences. On détermine ensuite l'accroissement moyen annuel sur la surface terrière (AMAg).
Exemple n° 1 Cas de chute brutale à partir de 17 ans sur l'accroissement en circonférence courant annuel en station riche:
| Age | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 |
| C cm | 146 | 151 | 155 | 157,5 | 160 |
| ACAC | 10 | 5 | 4 | 2,5 | 2,5 |
| AMAC | 8,5 | 8,3 | 8,1 | 7,8 | 7,5 |
| S/T cm2 (g) | - | 1815 | 1913 | 1975 | 2038 |
| AMA g | - | 106,3 | 105,8 | 103,5 | < 101,5 |
La peupleraie sera réalisée à 19 ans, donc avec un sursis de 2 ans, par rapport à la chute brutale à 17 ans.
Exemple n° 2 Cas de chute
progressive à partir de 15 ans, seulement remarquée sur AMAC à 17 ans
en station de fertilité moyenne (type humide + ou - riche).
| Age | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| C cm | 110,5 | 119 | 126,5 | 132,5 | 137 | 141 | 144 | 147 |
| ACAC | 9,5 | 8,5 | 7,5 | 6 | 4,5 | 4,0 | 3,0 | 3,0 |
| AMAC | 7,2 | 7,3 | 7,3 | 7,2 | 7,1 | 6,9 | 6,7 | 6,5 |
| S/T cm2 (g) | - | - | - | 1398 | 1494 | 1583 | 1651 | 1720 |
| AMA g | - | - | - | 81,8 | 82,6 | 82,9 | 82,2 | < 81,5 |
AMAC régresse à 17 ans mais AMAg atteint son summum à 19
ans. La décision technique de coupe sera à 20 ans
avec une dimension très convenable. Attendre 1 an, c'est accepter une perte de
production pour un gain en
circonférence très faible.
Exemple n° 3 Cas de chute
brutale à 12 ans sur ACAC en station marginale
(terrestre hydromorphe ... et ce n'est pas la pire !).
| Age | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 |
| C cm | 70,5 | 74,5 | 77,5 | 79,5 | 81 | 82,5 |
| ACAC | 7,0 | 4,0 | 3,0 | 2,0 | 1,5 | 1,5 |
| AMAC | 5,5 | 5,4 | 5,2 | 5,0 | 4,7 | 4,5 |
| S/T cm2 (g) | 386 | 442 | 478 | 503 | 522 | 542 |
| AMA g | 35,2 | 36,2 | 36,2 | 35,4 | < 34,3 | < 33,4 |
Ce cas est malheureusement courant: inadéquation peuplier/station.
Deux solutions: on trouve un marché local de bois à palette qui accepte les grumes de 0,300 m3 ou on attend 30 ans pour offrir des bois de 0,620 m3, impropres au déroulage, si toutefois on y parvient.
Ici la décision technique apparaissant à 14 ans se heurte au problème économique. L'impasse se traduit par un échec.
La perte de production escomptée sur le volume Bois d'oeuvre
La décision technique de coupe intervient donc au sommet de la pente ascendante : on peut essayer de calculer l'amorce de perte de production volume/ha/an dans les deux premiers exemples cités.
|
Exemple n° 1 |
Production ha/an à 17 ans = 16,8 m3 | Production ha/an à 19 ans = 16,4 m3 | Production ha/an à 20 ans = 16 m3 |
|
à 17 ans : 150 tiges de 1,90 m3 (150XgX14X0,75) |
décision technique de coupe | si on attend 1 an | |
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Exemple n° 2 |
Production maximum ha/an à 18 ans = 11,2 m3 | Production ha/an à 2 ans = 11,1 m3 | Production ha/an à 21 ans = 11 m3 |
| à 18 ans : 150 tiges de 1,35 m3 (150XgX12X0,75) | décision technique de coupe | si on attend 1 an |
On a choisi 14 et 12 m de hauteur grume et un coefficient de diminution de 0,75 calqué sur celui du cultivar Fritzi Pauley à partir d'un populetum exploité en Haute-Saône en 1989. Le cultivar à considérer ici est un interaméricain (Beaupré ou Boelare) installé à 155 tiges/ha dont 150 arbres demeurent valides aux termes envisagés.
Assurément, l'amorce de chute en volume est plus sensible dans le premier exemple que dans le deuxième. Le choix d'accepter la régression incombe au producteur. Sa décision alors dépendra d'autres indicateurs: la dimension d'exploitabilité face au marché local ou son approche du taux interne de rentabilité, qui, de toutes façons, chute dans le même sens que la production si le prix de vente du m3 reste constant.
Conclusion
Le contrôle de la croissance en surface terrière est le seul guide pour déterminer la décision technique de coupe quand on veut utiliser les facteurs temps au mieux en jouant la production maximum. Il intervient lorsque apparaît une régression sur la circonférence.
Toutefois, la décision technique peut être différée pour des raisons économiques: anticipée ou retardée de peu au vu des cours du marché ou de l'obtention d'une circonférence d'exploitabilité précise (exemples 1 et 2), cas d'objectifs de production intéressants... Le n° 3 représente un échec autant technique qu'économique, sa seule réussite est seulement au niveau de la production "information station/clone".
La présence de plusieurs clones peut aussi modifier la date de la décision: l'avancer si l'un des clones est dépérissant ou la reculer si un autre a une croissance plus lente. Mais soyons vigilants face à l'état sanitaire ! Bon choix aux populiculteurs donc !
Gérard Armand - F.V.F.E. 1996
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