COMMISSION NATIONALE DU PEUPLIER

Réunion du 11 juin 2002

Compte Rendu

 (SUITE)

Home - Retour à la 1ère partie  Divers

- Quelle place pour la populiculture dans la politique forestière ?
- Durée d'exonération temporaire de la Taxe sur le foncier Non Bâti et subventions
- Transcription de la Directive européenne relative aux MFR (Matériels Forestiers de Reproduction)
- Questions posées à M. Christian BARTHOD
- État sanitaire des peupleraies
- Possibilité d'introduction sur la liste régionalisée
- Liste annexe
- Présentation de l'Étude prospective de la disponibilité en peuplier en France 2002-2020
- Situation du secteur aval - Exploitation, industrie du bois et de transformation, lien avec le précédent
- Point sur le G.I.S. "Génétique, Amélioration et Protection du Peuplier"
- Procédure d'homologation - Identification des cultivars
- Peuplier - Environnement: Études réalisées ou en cours - Information des régions

- Présentation de l'Étude prospective de la disponibilité en peuplier en France 2002-2020

Présentation générale de l'étude
 Contexte général de l'étude. Entre 1990 et 1999, une diminution des volumes récoltés en peuplier s'est amorcée. Ce phénomène s'est amplifié après 1999, comme suite aux dégâts de la tempête. Afin de mieux appréhender l'avenir, la Chambre Syndicale du peuplier de France, les industriels de la pâte à papier et les régions Champagne-Ardenne et Poitou-Charentes ont souhaité qu'une étude soit réalisée sur la disponibilité future de bois de peuplier en France. Cette étude a été confiée à l'Afocel, elle est financée par la DERF et les Régions Champagne-Ardenne et Poitou-Charentes.

Objectif de l'étude
Cette étude avait comme objectifs de calculer la disponibilité en bois de peuplier en France, de prévoir son évolution au cours des vingt prochaines années et de localiser la disponibilité par régions administratives.

Déroulement des tâches
En premier lieu, il fallait actualiser l'état des peupleraies à la veille de la tempête. Pour cela, on a mis à jour, région par région, à partir du dernier inventaire IFN, en estimant les récoltes, les plantations et la croissance en volume des peupleraies entre l'année du dernier inventaire et 1999 afin de définir l'état des peupleraies juste avant la tempête de 1999.

Puis on a cherché à évaluer les volumes restants sur pied après la tempête, en se basant en partie sur des enquêtes auprès du personnel de terrain. Des critères de sensibilité au vent ont également été établis par région et par classe d'âge, qui ont permis d'estimer le pourcentage de peupleraies détruites.

Enfin, on a calculé la disponibilité en peuplier pour les vingt prochaines années, en se basant sur plusieurs scénarios de récolte.

Résultats attendus
Grâce à cette étude, on souhaite pouvoir évaluer la quantité de bois récoltable au cours des vingt années à venir, ainsi que la qualité récoltable (volume unitaire, diamètre) par région administrative. La diffusion de ces résultats se fera largement et sur des supports variés (base de données, rapport, CD Roms).

Définition des hypothèses de travail

Surfaces inventoriées. Cette étude est basée sur les données IFN et TERRUTI afin d'estimer les surfaces de peupleraies par région, par cultivar et par classe âge. Seules les données IFN fournissent tous ces renseignements, pourtant il semble qu'un certain nombre de peupleraies ne soient pas inventoriées par l'IFN. C'est en particulier le cas des peupleraies situées dans des départements non inventoriés, mais on remarque également une sous-estimation systématique des peupleraies de moins de 5 ans. La surface totale couverte par les peupleraies a finalement été estimée en comparant les données IFN et TERRUTI.

Répartition des surfaces plantées par cultivar. On a utilisé les données de l'IFN concernant les surfaces plantées de plus de 5 ans. Pour estimer les surfaces plantées de moins de 5 ans, on s'est appuyé sur l'enquête statistique pépinière-production de plants, en calculant le rapport du nombre de plants commercialisés par la densité moyenne de plantation.

Estimation des dégâts de tempête. Pour estimer les dégâts dûs à la tempête de 1999, des enquêtes ont été réalisées en Champagne-Ardenne et Poitou-Charentes. Les taux de dégâts moyens observés région par région par l'IFN sur les peuplements feuillus ont également été utilisés.

Croissance des cultivars; Pour estimer la croissance des différents cultivars, on s'est basé sur les courbes de croissance établies par l'IFN. On a également estimé l'incidence de la rouille sur la croissance des cultivars les plus sensibles, avant et après 1997.

Avancement de l'étude

Les résultats de cette étude ne sont pas encore tous disponibles. Néanmoins, les enquêtes de terrain menées dans les régions Champagne-Ardenne et Poitou-Charentes permettent de dégager certains points. En premier lieu, les dégâts de la tempête sont liés à la hauteur des peuplements: en dessous de 20-25 mètres de haut, il n'y a pas ou peu de dégâts, au dessus de 28 mètres, les dégâts sont très importants. La reprise des exploitations "normales", c'est-à-dire les récoltes hors chablis, a été observée en 2002 mais les surfaces concernées sont faibles car il reste peu de peuplements récoltables. En ce qui concerne la reconstitution après tempête, il semble que la quasi-totalité des surfaces détruites seront reboisées en peuplier. En effet, le taux de reconstitution est voisin de 80% en Poitou-Charentes et de 100% en Champagne-Ardenne. Pour ces reconstitutions, on note une désaffection pour les cultivars interaméricains et 'Ghoy' sensibles à la rouille, au profit de Koster, Triplo, Flevo et I 214 en Champagne-Ardenne. En Poitou-Charentes, 'Dorskamp' est largement utilisé, suivi de I 214, I 4551 et Blanc du Poitou.

Situation du secteur aval: Exploitation, industrie du bois et de transformation, lien avec le précédent

(M. Mourlan, SIEL - Syndicat des Industries d'Emballage Léger)
(M. Piret, Fédération Française des Producteurs de Pâtes pour Papiers)
(M. Mathé, Union des Fabricants de contre-plaqué)

M. Mourlan entame le sujet en exposant la situation des industriels de l'emballage léger. Après avoir récupéré tout ce qui était utilisable dans les bois à terre suite à la tempête, la filière se retrouve confrontée à une "pénurie" de bois sur pied récoltable. M. Mourlan s'inquiète de l'évolution de la ressource dans l'avenir, il fait remarquer que l'Étude Afocel présentée par M. Thivolle-Cazat se fonde sur un nombre important d'hypothèses. Il exprime également les inquiétudes de la profession face à la concurrence d'autres matériaux comme le plastique et le carton, qui ont su se positionner sur le marché des petits emballages mieux que le peuplier. En effet, on constate en France un changement des habitudes alimentaires se caractérisant par une moindre consommation de fruits et légumes et ce dans un contexte de structure familiale plus restreinte. Aussi les fruits et légumes sont-ils désormais conditionnés dans des emballages plus petits. Pour produire ces petits emballages à des coûts raisonnables, les industriels sont contraints d'importer les éléments constitutifs d'Europe de l'Est ou du Portugal, au lieu de les produire eux-même sur place. Enfin, M. Mourlan termine sur un point positif en annonçant que des études font ressortir l'aptitude du bois de peuplier au contact alimentaire. Un tel résultat s'il est correctement diffusé, devrait contribuer à l'amélioration de l'image du bois de peuplier auprès des consommateurs.

M. Piret expose à son tour la situation des producteurs de pâtes à papier. Il met en évidence les relations économiques étroites entre les producteurs de pâtes à papier et les industries utilisatrices de bois de qualité. Il cite l'exemple des scieries du Pas-de-Calais, qui, par suite de problèmes économiques, ne représentent plus un débouché pour les bois de peuplier dans cette région. Aussi, un volume important de peuplier, y compris les gros diamètres, se trouve-t-il commercialisé en bois pour la pâte à papier posant ainsi un problème aux papetiers. Il observe aussi une diversification de l'approvisionnement avec l'intégration croissante de bois de châtaignier. M. Piret explique qu'il existe deux modes de production de pâte à papier:

- La pâte thermomécanique utilise aussi bien le peuplier que l'épicéa. L'avantage du peuplier étant représenté par son prix moins élevé que celui de l'épicéa mais aussi par ses aptitudes propres: blancheur du bois, fibres courtes.

- La pâte chimique utilise préférentiellement des bois comme le chêne, le hêtre ou le châtaignier. En effet, le rendement du bois de peuplier est moins intéressant dans la fabrication de ce type de pâtes.

M. Mourlan intervient en exposant les problèmes rencontrés par les industriels pour commercialiser leurs produits connexes. Si les papetiers utilisent de moins en moins de peuplier, il sera de moins en moins rentable de produire et on se dirige vers une situation ou toutes les pièces constitutives des emballages seront importées.

M. Bernard insiste sur l'importance de communiquer, notamment auprès du grand public, sur les avantages de l'emballage en bois. En particulier, il serait possible de mettre l'accent sur le coté moins polluant du bois par rapport au plastique. Une traçabilité du bois Français pourrait être mis en place, afin de mieux valoriser le bois produit en France.

 M. Mourlan répond qu'une opération de communication a été lancée, en association avec Auchan, sur l'emballage bois des fruits et légumes. Cette opération bénéficie d'un très bon accueil, à la fois de la part des professionnels à l'intérieur de la chaîne, mais aussi auprès des consommateurs.

M. Bernard évoque la situation du marché italien des contre-plaqués. Jusqu'à ces dernières années, ce marché représentait un débouché important pour les bois de peuplier français. Pourtant, les italiens semblent se tourner vers la production hongroise, qui devrait concurrencer les bois français. En revanche, les marchés de contre-plaqué et d'emballage espagnols maintiennent leur demande, de même que le marché du contre-plaqué français. Sur le marché des sciages, le peuplier est concurrencé par le Pin. M. Bernard pense qu'il vaudrait mieux se positionner sur le marché des panneaux lattés.

M. Raout expose le problème de la concurrence des produits d'importation scandinave, en particulier dans le domaine de la literie et des palettes. Il faudrait trouver des débouchés valorisants pour les bois français, ou la concurrence se ferait moins sentir.

M. Mathé s'interroge sur l'avenir du bois chauffé en France. Cette technique se développe rapidement en Finlande (unités d'une capacité de 50.000 m3). Elle permet de valoriser les surbilles de peuplier et de se positionner sur le marché du bois de décoration et d'intérieur. En effet, le chauffage altère les qualités de résistance mécanique des bois, ce qui interdit l'utilisation de bois chauffé en bois de structure. Par contre, les gros industriels français de la menuiserie et de l'agencement s'intéressent particulièrement au bois chauffé, en substitution aux essences africaines. M. Raout ajoute que le peuplier est un des bois qui se chauffe le mieux. Il convient que le chauffage ne résoudra pas le problème de la valorisation du bois de mauvaise qualité mais, en augmentant la valeur ajoutée des sciages de surbilles, il permettra de diminuer le volume de bois vendu en trituration chaque année.

M. Renou exprime les inquiétudes des fabricants de contre-plaqués français, face à la diminution de la ressource suite à la tempête de 1999. Cette diminution de la ressource est particulièrement sensible dans le marais poitevin très touché par la tempête. Alors que tous les chablis ont été exploités, les industriels sont confrontés à une pénurie de bois récoltables et à une augmentation des prix.

M. Mathé met en garde contre les risques d'une telle situation si elle perdurait: les utilisateurs seraient tentés de se tourner vers d'autres essences, voire d'autres pays, afin de pouvoir continuer à produire au même prix. Il fait remarquer qu'un certain nombre d'entreprises ont délocalisé leurs dérouleuses en Afrique (Gabon...) ou pris des parts dans des entreprises locales et utilisent préférentiellement des bois africains. Si le prix moyen d'achat du m3 de peuplier progresse de 45 Euros actuellement à 60 Euros, le peuplier ne sera plus compétitif par rapport aux importations de pin en provenance notamment de Turquie et du Chili.

Point sur le G.I.S. "Génétique, Amélioration et Protection du Peuplier" - Présentation des activités, validation des activités du G.I.S.  par la CNP
(Marc Villar, Inra Orléans)

M. Villar rappelle le mode de fonctionnement du GIS Peuplier. En amont, un certain nombre de nouveaux cultivars encore peu ou mal connus sont candidats à une homologation et/ou une utilisation en France. Quel est leur comportement face aux agents pathogènes? Quelle est leur croissance? Sont-ils adaptés au contexte de la populiculture française? Ces cultivars proviennent soit d'instituts étrangers (Belges, Italiens ou Néerlandais principalement), soit de croisements contrôlés INRA et AFOCEL (croisements réalisés avant la création du GIS). Ils passent par une série de tests:

- Tests en pépinière de résistance aux principaux agents pathogènes: Rouilles à Melampsora larici-populina et Melampsora allii-populina (2 ans de tests en pépinière et tests de laboratoire), Chancre bactérien Xanthomonas populi (3 ans de tests en pépinière), Marssonina brunnea (3 ans de tests en pépinière).
- Tests de croissance en pépinière (4 ans de tests au champ).
- Tests en forêt multisites.

A l'issue de ces tests, les cultivars les plus intéressants obtiennent un label GIS. Pour ses propres obtentions, le GIS prendra en charge le processus d'homologation en France.

Le GIS transmet les informations concernant les cultivars homologués et jugés intéressants à la CNP, qui peut, le cas échéant, décider de les inscrire sur la liste régionalisée des cultivars éligibles aux aides de l'État.

Enfin, le GIS transmet ses résultats à l'IDF, en vue du développement.

Les actions qui ont été menées depuis 1999 par les membres du GIS peuplier s'inscrivent dans ce cadre général. En particulier, l'exposé distingue 7 points principaux.

1) Mise au point d'une base de données "matériel végétal" commune
Cette base contient les informations rassemblées par l'AFOCEL, le Cemagref et l'INRA sur 1272 cultivars référencés à ce jour. Au total, ces cultivars sont présents sur 273 essais, qu'il s'agisse d'expérimentations AFOCEL, Cemagref ou Inra; elle permet aux trois organismes membres du GIS de mettre en commun leurs connaissances et donc, de travailler plus efficacement.

2) Mise au point d'un nouveau type de tests clonaux visant à étudier le comportement des cultivars envers les rouilles de peuplier.
L'originalité des tests clonaux proposés par Jean Pinon (Inra Nancy) réside dans la maîtrise de l'inoculum. Le but est double: assurer une contamination précoce des clones testés afin de pouvoir les éprouver valablement (en comparaison à des témoins) même lors d'années climatiques peu favorables au développement de la rouille. A cet aspect quantitatif s'ajoute un aspect qualitatif: s'assurer que toutes les virulences connues chez l'agent pathogène sont bien présentes dans l'essai, évitant ainsi que des clones apparaissent résistants faute de la présence de souches portant les virulences capables de les infecter.

Cet objectif a été atteint, dans le cas du dispositif dédié à Melampsora larici-populina, en incluant des mélèzes dans l'essai. Ceux-ci sont contaminés au printemps en apportant sous leurs rameaux des feuilles de peuplier portant des télies dont la dormance est levée. Ces feuilles sont récoltées à l'automne précédent sur des clones choisis pour leur résistance contournées par les 8 virulences connues à ce jour. Des prélèvements effectués au cours du test clonal en pépinière permettent d'analyser les populations raciales et de vérifier ainsi que les clones ont bien été soumis à l'inoculum souhaité.

Dans le cas de M. allii-populina la même démarche a été tentée avec des poireaux, hôte alternant de cet agent pathogène. Toutefois l'alternance ne s'est pas effectuée correctement. Il a donc été décidé d'élever en serre des plants de Beaupré qui ont été contaminés en laboratoire à Nancy par plusieurs isolats afin que toutes les virulences connues soient présentes. Peu avant le début de la sporulation ces plants ont été acheminés à Guéméné Penfao pour y être installés début juin au sein de l'essai, sous la protection d'abris ombragés. Ces plants ont supporté une sporulation durable de l'agent pathogène et la contamination de l'essai a été réussie permettant une notation mi-juillet peu avant l'arrivée d'un inoculum naturel de M. larici-populina, provenant de l'extérieur de la pépinière.

3) Évaluation précoce au champ de la sensibilité des peupliers aux rouilles.
Les tests mis en place ont permis d'analyser le comportement de 60 cultivars vis-à-vis de M. larici-populina et M. allii-populina, avec de bonnes corrélations entre les notations de 1999 et 2000. Parmi les cultivars testés, 10 sont des cultivars belges (hybrides interaméricains et back-cross), 12 sont italiens (hybrides euraméricains), 12 néerlandais (hybrides euraméricains) et 16 français (hybrides interaméricains Inra/Cemagref).

4) Caractérisation en laboratoire du comportement de cultivars de peuplier vis-à-vis de la rouille du mélèze.
Au laboratoire, deux types de tests sont réalisés: des tests qualitatifs, permettant d'analyser le comportement des cultivars en fonction des différentes virulences de rouilles, et des tests quantitatifs, permettant de quantifier l'intensité des attaques de rouilles sur les cultivars. Les tests qualitatifs ont été utilisés pour étudier le comportement de 30 cultivars vis-à-vis des 5 races de M. larici-populina présentes sur le territoire français, ainsi que vis-à-vis d'une nouvelle virulence (appelée virulence 6). Parmi les cultivars testés, on trouve 3 obtentions belges (hybrides interaméricains et backcross), 6 italiennes (euraméricains), 5 françaises AFOCEL (euraméricains et interaméricains), 12 françaises Inra-Cemagref (interaméricains) et 4 cultivars naturels de Populus deltoïdes. Les tests quantitatifs ont permis d'étudier le comportement vis-à-vis de E5 de 5 clones: Koster, Dvina, Triplo, Hoogvorst, NL2228 et NL2233.

5) Sélection et évaluation de variétés françaises et étrangères de peuplier
Grâce à l'élaboration des nouveaux tests décrits plus haut, un nouveau critère a pu être pris en compte pour la sélection des variétés: la tolérance aux rouilles. L'impossibilité actuelle d'éradiquer M. larici-populina et de se prémunir contre l'apparition de nouvelles races nous conduit à rechercher des génotypes qui, quelle que soit la race du parasite, présente des symptômes peu nombreux et de petite taille (notion de résistance partielle) tout en conservant de bonnes qualités de production (notion de tolérance).

L'impact de la maladie sera évaluée de façon complémentaire à l'aide de tests pathologiques en laboratoire contrôlant les différentes races du pathogène, en conditions naturelles d'infection dans un site de pépinière particulièrement favorable au développement des rouilles, et en dispositif expérimental permettant une évaluation plus spécifique de la tolérance (par comparaison avec des plants protégés par un fongicide). La sélection réalisée permettra ainsi de combiner au mieux toutes les stratégies de résistances (complètes ou partielles) ou de tolérance.

6) Recherche et utilisation de marqueurs moléculaires comme aide à la sélection des peupliers.
1ère tranche: l'objectif était de rechercher des marqueurs moléculaires, contrôlant des paramètres de qualité du bois et de résistance aux agents pathogènes, répartis sur les 19 chromosomes du peuplier, et susceptibles d'être ultérieurement utilisés en sélection. Les paramètres de qualité du bois retenus sont la couleur, la densité, le pourcentage de bois de tension, le rendement en pâte et la microdensité. En ce qui concerne le comportement vis-à-vis des ravageurs, l'étude s'est concentrée sur les rouilles, le chancre bactérien et les dégâts de chrysomèles. Ces études ont permis d'établir quels types de gènes se trouvent à l'origine du déterminisme des caractères de qualité du bois et de résistance aux agents pathogènes et déprédateurs. D'une manière générale, les paramètres de qualité du bois sont contrôlés par plusieurs gènes, situés sur des chromosomes différents. On parle de polygénie. En revanche, le comportement vis-à-vis des ravageurs est plutôt contrôlé par un faible nombre de gènes. On parle d'oligogénie. Des cartes génétiques localisant les gènes étudiés ont pu être réalisées.

2ème tranche: elle prévoit d'améliorer les cartes génétiques en opérant une fusion de toutes les cartes peuplier déjà réalisées, au niveau mondial. Cette mise en commun permettra de densifier les cartes actuelles, en concentrant toute l'information sur un seul support. La poursuite du travail consistera à se focaliser sur les gènes responsables du comportement vis-à-vis des ravageurs. On se concentrera en particulier sur les rouilles, qui représentent actuellement le problème pathologique majeur pour la peupleraie française.

7) Première campagne de croisements contrôlés de peupliers.
Les premiers croisements contrôlés du GIS ont été réalisés au printemps 2001; d'autres ont suivi en 2002. Au total 25 croisements biparentaux P. deltoides x P. nigra et 25 croisements P. deltoides x P. trichocarpa (plan de croisement factoriel 5x5) ont été réalisés, permettant d'obtenir 1.500 individus. Les plantules sont actuellement en élevage à Guéméné Penfao.

Pour conclure, M. Villar, en tant qu'actuel président du GIS sollicite les avis et recommandations de la CNP, particulièrement sur les points suivants:

- Les critères retenus pour la sélection des cultivars et la création des variétés GIS sont-ils satisfaisant?

- La CNP souhaite-t-elle émettre un avis sur un ou plusieurs cultivars à tester?

- Que pense la CNP des projets de variétés nouvelles?

Faute de temps, il n'a pas été possible d'étudier précisément la question.

Cependant, en l'absence de réactions, les propositions d'orientation sont donc validées par la CNP. Et il est convenu que la présentation des travaux du GIS se fera à chaque réunion CNP et notamment à la réunion du printemps prochain.

M. De Boissieu s'interroge sur l'origine géographique des P. deltoides utilisés pour les croisements contrôlés. Comment ont-ils été choisis?

M. Villar répond que sur les 25 clones utilisés, une grande partie provient plutôt du centre et du sud de l'aire d'origine. Il y a peu d'individus vraiment nordiques mais le centre de l'aire correspond plutôt aux conditions du Nord de la France.

Traduction de la directive européenne, procédure d'homologation; identification des cultivars; utilisation des marqueurs moléculaires.

(M. Heois, Cemagref Nogent) présente les différentes catégories sous lesquelles les semences, boutures, plants et plançons pourront être commercialisés, selon la nouvelle directive européenne qui doit s'appliquer au 1ER JANVIER 2003. En particulier, en ce qui concerne le peuplier, la directive prévoit deux catégories de commercialisation: la catégorie qualifiée (étiquette rose) et la catégorie testée (étiquette bleue). Les cultivars admis pour la production de matériels qualifiés doivent avoir fait l'objet d'une sélection phénotypique. En ce qui concerne la catégorie testée, les conditions d'admission sont plus rigoureuses. La supériorité des cultivars a des témoins doit avoir été démontrée.

En France un groupe d'experts peuplier s'est réuni dans le cadre du CTPS et a choisi de n'homologuer que des cultivars répondant aux exigences de la catégorie testée. En effet, l'admission de cultivars en catégorie qualifiée n'est pas très exigeante. L'homologation de tels cultivars représenterait un retour en arrière par rapport à la qualité du travail de sélection clonale réalisé en France depuis des années. Il faut aussi avoir à l'esprit que ceci n'empêchera pas les cultivars homologués à l'étranger en catégorie qualifiée d'être commercialisables en France, comme dans les autres pays de l'Union européenne. De plus, les matériels étrangers commercialisés en catégorie testée n'auront pas forcement fait la preuve de leur supériorité pour la populiculture française. Un travail d'information et de vulgarisation est nécessaire.

Les exigences minimales applicables aux tests à mettre en place pour l'admission de cultivars au titre de matériel testé sont les suivantes:

- Spécification des caractères évalués dans les tests. Les caractères évalués sont relatifs à l'adaptation, à la croissance, et à la résistance aux facteurs biotiques et abiotiques importants des cultivars testés (branchaison, fourchaison, circonférence à 1,30 m, hauteur en pépinière, hauteur en plantation, mortalité, reprise au bouturage, reprise lors de la première année, durée de la saison de végétation, densité du bois, rectitude du fût, volume moyen bois fort, résistance aux agents pathogènes Melampsora larici-populina, Marssonina brunnea et Xanthomonas populi).
- Élaboration des tests selon des procédures internationales reconnues. En particulier, les expériences doivent être mise en place selon des dispositifs statistiques valides, et comprendre un nombre d'arbres suffisant pour que puisse être évalués les caractères propres de chaque constituant examiné.
- Analyses des dispositifs de test selon des méthodes statistiques internationalement reconnues.
- Utilisation de plusieurs témoins connus dans les dispositifs de tests comparatifs.
- Mise en évidence d'une supériorité des clones testés par rapport aux témoins utilisés pour au moins un caractère important.

Conformément à ce qui a été dit précédemment, il est bon de rappeler que l'admission d'un cultivar dans la catégorie testée revient à autoriser la commercialisation de ce cultivar sur le territoire français, mais aussi dans les autres pays de l'Union européenne.
A l'attention des expérimentateurs qui souhaiteraient entreprendre une demande d'admission d'un cultivar dans la catégorie testée, le dispositif réglementaire prévoit deux cas de figure:

- Soit l'expérimentateur se conforme aux dispositifs expérimentaux types proposés dans le dispositif réglementaire,
- Soit il ne souhaite pas utiliser les tests proposés. Il devra alors élaborer lui même des dispositifs expérimentaux conformes aux directives plus générales énoncées ci-dessus. Dans ce cas là, la commission VFA (Variétés Forestières Améliorées) du C.T.P.S. est seule juge de la validité du protocole d'expérimentation. Elle est libre de proposer le refus de l'admission si elle estime que le protocole utilisé par l'expérimentateur n'a pas la qualité requise.

La France n'a pas de droit de regard sur les exigences des autres pays, qui peuvent par exemple être plus souples dans la transcription de la directive européenne et admettre plus facilement des cultivars dans les catégories qualifiée ou testée. Cependant, même si tous les cultivars homologués en Europe seront commercialisables, on dispose d'un certain nombre d'outils pour orienter la populiculture française vers des cultivars de qualité. La liste des cultivars jugés intéressants dans les conditions de la populiculture française distingue 37 cultivars sur les 150 actuellement commercialisables au sein de l'Union européenne. Enfin, la liste régionalisée des cultivars éligibles aux aides de l'État regroupe des cultivars dont les qualités ont été prouvées. Elle représente une "garantie de qualité".

M. Bouillon demande aux représentants des utilisateurs de peupliers s'ils souhaiteraient que soit pris en compte certains critères définissant la qualité industrielle du bois dans la sélection des cultivars. Si oui, quels sont ces critères?

M. Rabuel répond que les 4 critères de qualité industrielle du bois de peuplier sont pour lui la rectitude, la blancheur, le caractère fendif et l'absence de coton.

M. Mathé intervient en affirmant que la blancheur n'est pas un critère déterminant pour toutes les industries. En ce qui concerne la fabrication du contre-plaqué, le critère le plus important est la résistance mécanique du bois.

Peuplier-environnement : informations en provenance des régions, études réalisées ou en cours.
(M. Berthelot - Afocel)

I) Objectif du projet et partenaires

a) les objectifs

- prendre en compte toutes les dimensions - économique, écologique et sociale - de la populiculture, en associant différents groupes d'intérêts autour d'un projet commun.
- développer les échanges et tenter d'identifier les points de divergence/convergence entre les différents acteurs.
- faire le point des connaissances sur les milieux de la populiculture.

b) Les partenaires

- deux financeurs : le MAP (DERF) et le Conseil Régional de Bourgogne
- des partenaires opérateurs : INA, Enesad, Inra, Université de Bourgogne, CRPF
- des partenaires d'influence: industriels utilisateurs de bois de peuplier, représentants forestiers, représentants de l'État (DDAF, DIREN)...

II) Déroulement de l'étude

a) Travaux bibliographiques faisant l'état des lieux des connaissances en matière de populiculture
b) Audit patrimonial auprès d'un échantillon d'acteurs de touts tendances
c) Réunions de présentation du projet et de restitution des résultats.

III) principaux résultats

a) Les études bibliographiques ont permis de synthétiser des connaissances sur les thèmes suivants:

 - entomologie (Inra Orléans)
- avifaune (Université de Bourgogne)
- flore (Afocel)
- économie (Afocel)
- gestion de l'Espace Rural (Enesad)
- paysages et société (CRPF Bourgogne)
- historique de la populiculture en Bourgogne
- relations eau/peuplier (Afocel)

En général, les études entomologiques et floristiques ont montré que, contrairement aux idées reçues, la biodiversité au sein des peupleraies est loin d'être catastrophique. Les espèces présentes diffèrent généralement selon les modes de gestion, mais les entretiens ne semblent pas entraîner systématiquement une chute drastique de la biodiversité. E, particulier, on évoque le cas du loriot, qui est une des rares espèces à manifester une préférence marquée pour les peupleraies.

L'étude des relations Eau/Peuplier montre que la consommation en eau des peupliers, loin d'ètre exceptionnelle, est du même ordre que celle des cultures agricoles et des autres forêts. Si le peuplier ne protège pas les berges de rivières, il n'est pas non plus responsable de l'érosion, ce dont on l'accuse souvent. Les besoins en éléments minéraux des peupleraies sont supérieurs à ceux des forêts classiques, mais de loin inférieurs à ceux des cultures agricoles. Enfin, en tant qu'élément boisé productif, les peupleraies sont capables de fixer les polluants éventuellement présents dans l'eau.

b) La réalisation d'une enquète patrimoniale a permis d'analyser les perceptions respectives que peuvent avoir différents acteurs sur les peupleraies.

Au total, l'avis de 25 personnes, appartenant à différents groupes (forestiers, environnementalistes, élus...) a été recueilli. En général, ce qui est critiqué ce n'est pas le peuplier mais plutôt sa gestion. En effet, le peuplier en conditions naturelles ou en alignement est plutôt bien perçu par tous les acteurs; ce sont les peupleraies en plein qui sont le plus mal perçues. La peupleraie se retrouve tiraillée entre d'un côté des attentes environnementales de la part du public, de l'autre des attentes économiques fortes émanant des populiculteurs et des industriels. Le défi à relever est de réussir, dans le futur, à mener de front ces deux aspects.

IV) Valorisation de l'étude

Des documents de synthèse ont été produits dans le cadre du projet, qui a également fait l'objet d'une restitution aux financeurs.

V) Autres recherches sur les relations Peuplier/environnement

- Exploration de la variabilité des peupleraies picardes: relations biodiversité/type de peupleraie (Afocel/Draf Picardie)

- Exportations minérales dans le cadre des peupleraies en futaie (Cemagref)

- Approche territoriale de la peupleraie en Pays-de-Loire (Afocel/Crpf Pays de Loire)

M. Mallard prend la parole, pour discuter l'efficacité des audits. Pour lui, la discussion avec les "environnementalistes" s'avère très difficile, car ils restent souvent sur leur position. Le plus important est de communiquer auprès du grand public et des élus. Pourquoi ne pas évoquer les enjeux de la peupleraie vis-à-vis de l'effet de serre? Il est important d'entreprendre des opérations médiatiques d'envergure.

M. Berthelot répond que l'argument relatif à l'effet de serre figure dans le rapport final, même s'il n'a pas été évoqué dans l'exposé. Il pense que le dialogue avec les environnementalistes constitue une étape importante du processus. Le but n'est pas forcement de les convaincre de l'utilité de la peupleraie mais de désamorcer les conflits. Il précise que suite au travail réalisé, les discours des différents acteurs apparaissent plus nuancés.

M. De Boissieu fait remarquer que d'autres études ont été menées au sein de l'IDF, sur le rôle dépolluant des peupleraies, ainsi que sur l'enracinement du peuplier, et son rôle éventuel dans la stabilisation des berges de rivières.

Mme Lavarde approuve, en insistant sur le fait que, face à une population généralement hostile à la populiculture, il faudra disposer rapidement d'éléments scientifiques opposables, afin de communiquer efficacement.

Elle conclut la réunion en émettant le souhait que la CNP se réunisse annuellement. Elle donne rendez-vous aux membres de la CNP pour le printemps 2003.

Marie Balzinger - Christian Ginisty - sept 2002    .