Situation 2005 - Cageots de peupliers vers le bois-énergie 

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Recyclage des cageots de peuplier vers le bois énergie

Par M. Piettre, Délégué général adjoint du SIEL, et M. Chevrollier.

Les industriels de l'emballage léger font état d'une concurrence importante du plastique vis-à-vis de leurs produits. Cette concurrence réduit la part de cageots en bois. Par ailleurs la distribution a des difficultés à se débarrasser des cageots en bois utilisés. Ces deux facteurs réunis nuisent aux industriels fabricants de cageots, mais aussi à l'ensemble de la filière, la quantité de bois demandée étant alors en diminution. Une réflexion a été réalisée par le Syndicat des Industries de l'Emballage Léger, menée par M. J. E. PIETTRE Délégué général du SIEL et de GROW France.

Observations sur les ressources du bois énergie:

On oppose les énergies renouvelables aux énergies fossiles (gaz, fioul, charbon...) qui sont en réserve sous forme de stocks souterrains mais évidemment épuisables. Les énergies renouvelables sont le résultat de l'activité terrestre (géothermie), de l'activité lunaire (énergie marémotrice), mais surtout de l'activité du soleil, soit sous la forme de rayonnement direct (énergie solaire), soit par les cycles renouvelés de l'eau (énergie hydroélectrique), de l'air (le vent et l'énergie éolienne) et de la biomasse (bois-énergie et autres bio-combustibles, bio-carburant, bio-gaz).

 Le bois-énergie est un combustible compétitif. D'une part, son prix n'est pas soumis aux fluctuations des cours internationaux des monnaies et des carburants. D'autre part, en tant qu'énergie renouvelable, son utilisation ne devrait pas être concernée par l'éco-taxe sur l'énergie.

Le bois énergie fédérateur pour les professionnels ? : le bois énergie devient un axe de développement des métiers de la filière bois, depuis l'exploitation forestière jusqu'aux broyats des emballages et palettes, déchets des fabricants de produits en bois, en passant par les plaquettes, écorces et d'autres produits connexes. Ceux-ci verront leur valeur augmenter avec la raréfaction et le renchérissement du pétrole et le développement obligatoire des énergies renouvelables. A mon avis, il faut mener cette mission dans un esprit filière en respectant les besoins de tous (papetiers et panneautiers), et en recherchant de nouveaux produits susceptibles d'apporter une valeur ajoutée et de nouveaux débouchés à cette richesse naturelle qu'est la forêt française, source de tous les métiers.

Objectif 2010 : le bois a perdu son image d'antan et il est devenu "une énergie d'avenir". La toute récente Loi n°2005-781 du 13 juillet 2005 "de programme fixant les orientations de la politique énergétique" a fixé à notre pays des objectifs très ambitieux. En 2010, la production de chaleur à partir d'EnR devrait avoir augmenté de 50%; la production d'électricité à partir d'EnR être passée de 14% aujourd'hui à 21% et la part des biocarburants être passée de 0,80% aujourd'hui à 5,75%.

Ces objectifs ambitieux en matière d'énergies renouvelables qui figurent dans cette loi de programme du 13 juillet 2005 fixent les orientations de la politique énergétique de demain. Ce sont surtout les ressources actuellement non utilisées, notamment les plaquettes forestières à partir de rémanents d'exploitation, qui devront être valorisées. Le recours à des produits connexes n'est pas exclu, à la condition toutefois que l'équilibre local des ressources soit respecté.

Par ailleurs, le Ministre délégué à l'industrie François LOOS, le 12 décembre 2005, confirme sa décision de mettre en place, sous l'autorité des préfets, des réseaux de suivi local de l'approvisionnement en bio-ressources pour les usages énergétique et non énergétique. Les représentants des utilisateurs et des organisations professionnelles des filières d'approvisionnement y auront un rôle essentiel. Chaque instance locale sera également un lieu d'échanges et de concertation pour faire émerger de futures centrales respectueuses des équilibres et des usages locaux dans leur approvisionnement. A titre expérimental, il a demandé aux préfets des Vosges et de la Région du Limousin d'initier cette démarche au niveau local avant de l'étendre à tout le territoire.

"De manière plus large, les politiques énergétiques constituent des enjeux importants pour le secteur agricole et pour le secteur forestier et les différentes politiques doivent être conduites de manière complémentaire et cohérente. C'est dans cet objectif que Claude ROY, nouveau coordinateur pour la valorisation de la biomasse, a été chargé d'élaborer en lien avec l'ensemble des secteurs concernés un plan biocombustibles pour la période 2006-2015". (extrait de la lettre du Ministre de l'Agriculture et de la Pêche D. Bussereau, Paris le 30 novembre 05 à M. Charmasson Président de l'UIB).

Face à la demande quelles ressources possibles ? : la consommation de bois-énergie en France est de 40 millions de m3 par an dont 25 millions de m3 issus de sous-produits de l'industrie du bois et d'exploitations rurales. Cette consommation équivaut à 9 millions de tep/an (tonne équivalent pétrole) soit 4% des besoins français en énergie. La forêt française couvre 15 millions d'hectares. Elle est en développement constant et encore sous-exploitée. Par ailleurs, des volumes significatifs de sous-produits de la filière bois (chutes de productions, écorces, emballages...) restent encore à valoriser. On estime donc que, sans créer de concurrence avec les industries de la trituration (pâte à papier, panneau) et malgré les tempêtes de 1999, il existe une ressource supplémentaire de biomasse mobilisable et utilisable pour l'énergie de 12 millions de m3 par an (soit 3 millions de tep/an). Cette ressource sera principalement d'origine forestière (production de plaquettes à partir des branches et résidus d'exploitation). Un inventaire national et régional de la biomasse forestière est en cours de finalisation par l'inventaire forestier national (IFN) pour le compte de l'ADEME.

A titre d'exemple l'accord cadre Programme bois énergie :  un document très intéressant signé le 3 janvier 2000, doit servir de socle à cette politique; il s'agit de l'accord cadre pluriannuels relatif aux approvisionnements du programme bois-énergie 1999-2006 de l'ADEME. Cet accord cadre a été signé par : La Fédération des pâtes, l'Union des Industries des Panneaux de Process, La Fédération Nationale du Bois, La Fédération Française de la récupération pour la gestion industrielle de l'environnement et du recyclage (FEDEREC/SYNAREP). Une politique de soutient au développement du bois énergie doit prendre en compte les impératifs d'approvisionnement des filières industrielles car il est évident que les premiers acteurs de la lutte contre l'effet de serre sont ceux qui, par leur production, stockent le CO2 atmosphérique, avant de brûler le matériau bois en fin de vie.

A qui profite le bois-énergie ? : il profite au marché domestique. La consommation de bois-énergie dans ce secteur régresse doucement depuis une décennie, malgré la croissance du parc des appareils de chauffage. Ceci est dû à l'amélioration des performances des appareils mais surtout au vieillissement de la clientèle qui se tourne vers d'autres énergies, ne connaissant pas les possibilités du bois en matière de confort. Il profite à l'industrie du bois. Chaque étape de la transformation du bois génère de 10 à 70% de sous-produits : écorces, sciures, copeaux, chutes. Si une partie de ces déchets peut-être valorisée matière (recyclage papier, panneaux agglomérés), le reste tend à être consommé en interne (chauffage des bureaux et ateliers, des habitations voisines, séchage du bois, production d'électricité). Ce marché, encore limité, ne représente que 10% de la consommation de bois-énergie en France. Il profite aux marchés publics. S'ils ne représentent que quelques petits points prometteurs du marché du bois-énergie, ils canalisent déjà les efforts des politiques publiques françaises. On compte aujourd'hui plus de 1.000 chaufferies collectives fonctionnant au bois, qui alimente en chauffage et en eau chaude des quartiers entiers à partir d'une chaufferie centrale et d'un réseau enterré.

Problématique des approvisionnements en fin d'année 2005 en France :  

A titre d'exemple, l'approvisionnement en bois de certains types d'industries de la filière présente des difficultés importantes et s'inquiète des besoins grandissants. Certaines causes sont structurelles, d'autres peuvent être qualifiées de conjoncturelles.

   Dans les causes structurelles et qui sont présentes depuis quelques années on peut noter:

- les problèmes de l'exploitation forestière avec un manque endémique d'investissement par manque de capitaux, une trop faible valeur ajoutée, la disparition de nombreuses exploitations par départ en retraite sans succession.

- les problèmes de transport avec l'arrêt des transports ferroviaires qui a entraîné un redéploiement du transport routier et une baisse de l'inter-régionalité au niveau des approvisionnements des usines, principalement des usines de pâtes à papier, le manque d'investissement et de matériels pour le transport des bois  en général, la difficulté de trouver des transports moyennes distances.

- le manque d'activité des scieries de bois feuillus et donc le manque de produits connexes,

- dans les zones touchées par la tempête, la sortie de la situation de tempête avec un manque de bois pouvant être mis sur le marché.

   Dans les causes conjoncturelles, trois causes principales se détachent:

- la volonté de l'ONF de faire monter les prix des bois pour arriver à des prix d'avant tempête. Elle est suivie dans cette démarche par les propriétaires forestiers,

- les scieries de bois résineux ayant une activité soutenue mais un manque de bois de gros diamètre et de ce fait, utilisant des bois de plus en plus petits (jusqu'à 11 cm alors qu'avant elles utilisaient des diamètres de 14 et 15 cm). Ces bois sont soustraits à la trituration.

- et surtout la pression du bois pour l'énergie en raison d'une part de la demande très forte en bois de chauffage, demande liée au prix élevé des produits pétroliers, et d'autre part par la demande de plus en plus active vers les produits destinés à la production énergétique par biomasse, par exemple la production de granulés pour l'énergie.

- ce fait entraîne une pression forte sur la sciure et les produits connexes résineux qui sont difficile à trouver malgré une bonne activité des scieries de ces bois. Les bois feuillus sont également fortement demandés pour la production d'énergie et sont encore plus difficiles à trouver. Il faut noter également, en scierie, les campagnes d'investissements en séchoirs bois, utilisant leurs propres déchets (ou produits connexes) pour la production de chaleur (cette campagne est subventionnée par l'ADEME).

En résumé il existe un problème de structure au niveau de l'exploitation forestière et du transport du bois. Sur ce problème de fond, vient se greffer un problème conjoncturel du bois énergie dont la première composante est, vous l'aurez compris, le bois de chauffage. Il faut craindre le pire lorsque les effets des investissements, suite aux appels d'offres pour la production d'électricité par biomasse, se feront sentir sur le marché du bois. Un troisième point est à surveiller attentivement: il s'agit de tous les investissements en réseaux de chaleur locaux (communes, cantons...) qui sont subventionnés et qui ont été, également, largement aidés par l'ADEME. Un recensement au niveau France s'imposerait.

Émergence de nouveaux acteurs: Les acteurs de l'approvisionnement sont nombreux et divers. On retrouve côte à côte les collectivités, les entreprises du secteur bois et du déchet, les structures d'insertion, le secteur agricole, avec les Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole (CUMA) et le secteur forestier.

Certaines organisations restent fragiles, c'est le cas notamment des structures d'insertion. Susceptibles de disparaître du jour au lendemain, elles peuvent mettre en péril l'approvisionnement d'une chaufferie bois. A l'inverse, d'autres acteurs sont désormais solidement positionnés, notamment dans le secteur forestier avec les Coopératives forestières (UCFF) et l'ONF. De son côté en 2004 l'ONF gestionnaire de la forêt publique communale et domaniale, a lui aussi décidé de se mobiliser sur la thématique bois-énergie, en partenariat avec les communes forestières.

L'évolution des consommations entre 2000 et 2004 a cru dans les proportions suivantes:

- de  1 à 2 pour les produits connexes de scieries (écorces),
- de  1 à 4 pour les DIB (palettes); (DIB déchets industriels banals),
- de  1 à 5 pour les autres produits et les mélanges (granulés),
- de  1 à 12 pour la plaquette forestière.

La plaquette forestière a connu la plus forte progression depuis 5 ans: la part dans le secteur collectif est passé de 7% en 2000 à 24% en 2004, même si la tendance est à la baisse. La progression des DIB a, elle, suivi l'évolution du marché. Ils représentent 15% du marché.

Conclusion : Comment mobiliser la ressource avec tous les professionnels ?

Comme nous l'avons évoqué, le bois est une ressource renouvelable et son utilisation énergétique présente des avantages aussi bien environnementaux que socio-économiques. Rappelons les...

Aspects environnementaux : le bois est une source d'énergie renouvelable qui se substitue aux énergies fossiles aux ressources limitées, et sa combustion ne fait que recycler dans l'atmosphère le dioxyde de carbone absorbé par les forêts (4 m3 de bois-énergie = 1 tonne de pétrole économisée et 2,5 tonnes de CO2 en moins dans l'atmosphère). Le bois-énergie valorise les sous-produits et déchets de la filière bois; son développement participe ainsi à la gestion rationnelle des forêts et donc à la qualité des paysages et au maintien des équilibres hydrologiques et climatiques.

Aspects socio-économiques : la récolte, la transformation et l'utilisation de bois-énergie sont des activités créatrices d'emplois en particulier en zone rurale. On compte en moyenne un emploi pour 2.000 m3 de bois-énergie valorisés. Le bois-énergie est un combustible compétitif dont le prix n'est que très peu soumis aux fluctuations des cours des carburants et des monnaies.

Inéluctablement, sous la poussée de la politique nationale, les chaufferies collectives au bois vont se multiplier dans les années qui viennent. Mais les autres usagers du bois, dans l'industrie tout comme dans la construction, ont également vocation à s'accroître. Le défi est donc bien réel: il faudra mobiliser durablement la ressource pour répondre à cette demande en forte croissance, tout en tenant compte de la concurrence des usages et tout en assurant son renouvellement et la protection de l'environnement. Tels sont les défis d'aujourd'hui et de demain ...